« L’arme des visas »: Washington « sanctionne » deux membres du Conseil présidentiel de transition d’Haïti pour « liens avec les gangs »

Darbouze Figaro

Le Département d’État américain a annoncé, ce dimanche, l’imposition de restrictions de visas et la révocation des visas de deux membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), ainsi que de leurs conjoints et enfants.

Cette mesure, prise en vertu de la section 212(a)(3)(C) de la Loi sur l’immigration et la nationalité (INA), vise des individus dont l’entrée ou les activités pourraient avoir « des conséquences potentiellement graves et néfastes pour la politique étrangère » des États-Unis. Selon Washington, les deux conseillers sanctionnés seraient impliqués dans des activités liées aux gangs et à d’autres organisations criminelles en Haïti, notamment en entravant les efforts de lutte contre les groupes désignés comme organisations terroristes étrangères (OTE) par les États-Unis.

« Le peuple haïtien n’en peut plus de cette violence, des destructions et des luttes politiques intestines », a déclaré le Département d’État, réaffirmant son engagement à « soutenir la stabilité d’Haïti » et à collaborer avec les autorités pour combattre la violence des gangs. Le communiqué précise que l’administration actuelle « veillera à ce que les responsables de ces actes de déstabilisation en Haïti et dans la région rendent des comptes ».

Selon des informations relayées très tard dimanche soir par des medias de la capitale haïtienne, les deux conseillers visés par ces sanctions seraient Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles.

Cette annonce intervient dans un climat de fortes tensions au sein du CPT, où cinq de ses membres ont récemment pris la décision controversée de révoquer le Premier ministre intérimaire, Alix Didier Fils-Aimé. Une initiative qui avait provoqué des mises en garde fermes de la part de partenaires internationaux, dont les États-Unis et le Canada, menaçant de sanctions en cas de passage en force.

Certains conseillers avaient alors relativisé ces avertissements. Edgard Leblanc Fils avait ainsi déclaré que des annonces de ce type étaient parfois faites « pour la galerie », tandis que Leslie Voltaire avait affirmé qu’ils étaient «habitués à ces pressions et menaces ».

La décision américaine suscite des réactions vives dans la capitale haïtienne. Certains observateurs s’interrogent sur le timing et la nature de ces sanctions, soulignant que Washington a souvent recours à cet outil à des moments clés de divergences politiques avec les dirigeants locaux.

En novembre dernier, des restrictions de visa similaires avaient déjà visé Fritz Alphonse Jean, un autre membre du CPT, accusé par les États-Unis de soutenir des gangs. Ce dernier, qui fait partie des cinq signataires de la résolution visant à révoquer le Premier ministre, avait catégoriquement rejeté ces accusations, affirmant que le Conseil cherchait au contraire à combattre les gangs et la corruption. Il avait également dénoncé des pressions diplomatiques, déclarant que des représentants américains et canadiens avaient menacé de sanctions si les membres du CPT ne renonçaient pas à certaines de leurs initiatives.

Ces sanctions surviennent alors que la crise sécuritaire en Haïti atteint des niveaux critiques. Les gangs, équipés d’armes de calibre militaire, contrôleraient près de 90% de la zone métropolitaine de Port-au-Prince ainsi que de vastes étendues dans des départements comme l’Artibonite et le Centre.

Les États-Unis, en coordination avec d’autres acteurs internationaux, maintiennent que leur objectif est d’appuyer une solution haïtienne à la crise et de favoriser un retour à l’ordre constitutionnel.

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