La Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion (CNDDR) a été officiellement réactivée. L’arrêté nommant ses nouveaux membres a été adopté en Conseil des ministres le lundi 23 février 2026 et publié le lendemain dans le journal officiel de la République, le Moniteur. La structure est désormais composée de Guerda Prévilon, coordonnateur, ainsi que de Michel Jean Marie Léonidas et Gardy Maisonneuve, membres.
Cette décision s’inscrit dans la continuité d’une volonté affirmée dès 2025 par le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Le 12 février 2025, un premier conseil des ministres avait pris la décision de redynamiser la CNDDR. L’objectif affiché par les autorités était alors de renforcer les institutions compétentes et de mobiliser tous les moyens nécessaires à l’obtention de résultats concrets et durables en matière de sécurité.
Pourtant, ce premier souffle avait été de courte durée. La commission initiale, dont faisaient déjà partie Guerda Prévilon et Michel Jean Marie Léonidas, avait été dissoute en mai 2025 par une résolution du Conseil présidentiel de transition. Le CPT avait justifié cette dissolution par une « perte de confiance généralisée » et des « accusations graves » contre plusieurs de ses membres, remettant en cause leur impartialité et leur intégrité. Ces accusations, dont la nature précise n’avait pas été détaillée publiquement, avaient jeté une ombre sur les travaux de l’institution naissante.
La CNDDR n’est pas une création récente. Elle a été initialement mise en place le 29 août 2006 par arrêté présidentiel, sous l’administration du président René Préval et du premier ministre Jacques Édouard Alexis. Sa mission, déjà ambitieuse, visait à coordonner les efforts de désarmement des groupes armés, à démanteler les réseaux criminels et à réinsérer les anciens membres de ces groupes dans la société civile.
Près de vingt ans plus tard, le bilan est pour le moins amer. Non seulement la CNDDR n’est jamais parvenue à endiguer le phénomène, mais la situation sécuritaire s’est considérablement aggravée. Haïti, qui ne fabrique pas d’armes à feu ni de munitions sur son sol, est devenu un vaste champ de prolifération illicite. Les derniers chiffres publiés par le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies en 2025 font état d’une circulation estimée entre 270.000 et 500.000 armes illégales.
Ces arsenaux alimentent directement la violence. Ces armes ne sont pas seulement entre les mains des nombreux gangs meurtriers qui terrorisent la population, mais aussi de plus en plus courantes parmi le nombre croissant de groupes d’autodéfense. Ces brigades de vigilance tentent, souvent avec des méthodes tout aussi expéditives, de protéger les personnes et les biens dans les quartiers troublés de la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans d’autres régions du pays, témoignant de la défaillance chronique de l’État à garantir la sécurité.
Lors de la tentative de réactivation de la CNDDR en 2025, le bureau du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait précisé que la commission aurait pour mission claire de mettre en place une cellule de planification pour agir rapidement. L’accent devait être mis sur la réinsertion, avec l’objectif ambitieux de « permettre aux enfants et aux jeunes en conflit avec la loi de retrouver leur place dans la société sans discrimination ».
Aujourd’hui, la question se pose avec une acuité renouvelée : la nouvelle structure, composée de Guerda Prévilon, Michel Jean Marie Léonidas et Gardy Maisonneuve, pourra-t-elle cette fois-ci donner des résultats concrets ? Les deux premiers nommés, déjà en poste lors de la courte et controversée tentative de 2025, arrivent avec un passif qui pourrait peser sur leur crédibilité. La communauté internationale, déjà sollicitée sur de nombreux fronts, apportera-t-elle un soutien à la hauteur des besoins ? L’avenir apportera les réponses à ces questions cruciales pour un pays où la paix civile est devenue une denrée aussi rare que précieuse.


