L’administration des écoles publiques de Boston (BPS) a informé ses quelque 46 000 élèves et leurs familles que des mesures concrètes sont en place pour empêcher les agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) d’accéder aux établissements scolaires sans autorisation judiciaire.
Dans une lettre adressée aux familles, la superintendante Mary Skipper a précisé que la politique des visiteurs du district interdit à tout adulte non autorisé — y compris les agents fédéraux de l’immigration — d’entrer dans un bâtiment scolaire pendant les heures de classe, sauf s’ils présentent un mandat judiciaire ou une citation à comparaître légalement émise.
Cette communication intervient dans le sillage de la décision de l’administration Trump, prise en janvier 2025, d’abolir la politique des « lieux sensibles » qui protégeait depuis 2011 les écoles, les hôpitaux et les lieux de culte contre les opérations d’arrestation menées par ICE.
Le district a mis en place un protocole d’alerte rapide permettant de notifier immédiatement l’équipe de direction du superintendant dès qu’une activité d’application des lois sur l’immigration est signalée à proximité d’une école. Le conseiller juridique du district est disponible en permanence pour examiner tout document présenté par des agents fédéraux à la porte d’un établissement.
Le district rappelle également une distinction juridique fondamentale : un mandat administratif émis par ICE elle-même ne confère aucun droit d’entrée dans un établissement public sans consentement. Seul un mandat judiciaire signé par un juge fédéral constitue une autorisation légale d’entrée.
BPS précise en outre qu’il ne collecte ni ne transmet d’informations relatives au statut migratoire des élèves ou de leurs parents lors de l’inscription scolaire. En vertu du Family Educational Rights and Privacy Act (FERPA), les dossiers des élèves sont protégés et ne peuvent être communiqués à des agences fédérales sans ordonnance d’un tribunal.
Un contexte de peur généralisée dans les salles de classe
Les chiffres documentent l’ampleur de l’anxiété au sein des communautés immigrantes du Massachusetts.
À Framingham, l’une des grandes villes du Massachusetts, abritant l’une des plus grandes communautés brésiliennes des États-Unis, la simple rumeur d’une opération d’ICE à proximité des écoles a provoqué l’absence de 2 500 élèves sur 9 000 en une seule journée.
Le superintendant Bob Tremblay a qualifié la situation de préoccupante, soulignant que l’absentéisme pénalise directement les enfants.
À Boston, des enseignants rapportent une anxiété persistante chez les élèves issus de familles immigrantes. Des enfants interrogent leurs enseignants sur ce qui se passerait si leurs parents « ne rentraient pas à la maison ». Ce phénomène a conduit plusieurs districts du Massachusetts à demander aux parents de mettre à jour la liste des personnes autorisées à récupérer leurs enfants en cas d’urgence.
La lettre de BPS fait également référence à l’ordonnance exécutive récemment signée par la mairesse Michelle Wu, qui réaffirme le statut de ville-sanctuaire de Boston. Cette ordonnance interdit aux employés municipaux de coopérer avec les opérations d’immigration fédérales et s’applique à l’ensemble des bâtiments et des écoles relevant de la municipalité.
Il convient de préciser que le statut de ville-sanctuaire ne constitue pas un bouclier absolu. Les agents fédéraux conservent leur autorité sur le territoire municipal. Ce que la politique de sanctuaire encadre, c’est la coopération active des autorités locales avec ICE — elle ne soustrait pas la ville à la juridiction fédérale. La gouverneure Maura Healey l’a explicitement confirmé : en matière d’application des lois civiles relatives à l’immigration, elle ne s’oppose pas à l’autorité fédérale.
Un précédent qui pèse sur la crédibilité du district
La position de BPS doit être lue à la lumière d’un document précédent.
Entre 2014 et 2017, au moins 135 rapports d’incident scolaire générés par BPS ont été rendus accessibles à ICE via le Boston Regional Intelligence Center (BRIC), un réseau de partage d’informations entre autorités locales, étatiques et fédérales financé par le Département de la Sécurité intérieure. Un élève d’un lycée à l’Est de Boston avait été déporté, en partie, sur la base d’un rapport disciplinaire. L’affaire, révélée dans le cadre d’un procès intenté par des organisations de défense des droits civiques, avait conduit l’organisation Lawyers for Civil Rights à dénoncer ce qu’elle avait qualifié de « pipeline école-déportation ».
BPS affirme que ces pratiques relèvent du passé. La lettre aux familles s’inscrit dans cet effort de rétablissement de la confiance.
Pour la diaspora haïtienne de Boston — concentrée dans les quartiers de Dorchester, Mattapan et Hyde Park — les mesures annoncées par BPS revêtent une signification particulière. Des dizaines de milliers d’Haïtiens vivent sous le régime du Statut de Protection Temporaire (TPS), dont l’avenir est actuellement examiné par les tribunaux fédéraux.
La combinaison d’une éventuelle fin du TPS et d’une intensification des opérations ICE expose directement des familles dont les enfants sont scolarisés dans les écoles publiques de Boston. Ces enfants sont, pour la plupart, citoyens américains nés sur le sol américain. Leurs parents ne bénéficient pas nécessairement de la même protection juridique.
BPS invite les familles à contacter sa ligne d’assistance téléphonique pour toute question :
BPS Helpline — Du lundi au vendredi, de 8h30 à 17h00 📞 617-635-8873 📧 helpline@bostonpublicschools.org
Le district met également à jour régulièrement son site internet avec des ressources disponibles en neuf langues dont le créole haïtien.

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