Depuis le début de l’année 2025, près de 600 enfants immigrés ont été transférés par l’Agence de l’immigration (ICE) vers des centres de détentions — plus que durant les quatre années précédentes réunies.
Les données, obtenues avant publication par l’organisation d’investigation, illustrent une recrudescence dramatique des séparations familiales à l’intérieur du pays, bien au-delà des frontières, selon une enquête de ProPublica.
Cette tendance marque une rupture profonde avec l’objectif initial du système : offrir un refuge temporaire aux mineurs arrivant seuls aux États-Unis. Désormais, ce sont aussi des enfants installés depuis des mois — parfois depuis des années — avec leurs familles qui se retrouvent enfermés dans ces centres, souvent après de simples contrôles routiers ou des démarches administratives ordinaires.
Selon des données gouvernementales analysées par ProPublica, l’ICE a placé environ 600 enfants dans le système fédéral de détention pour mineurs en 2025, un niveau jamais atteint depuis le début du suivi il y a dix ans.
Cette explosion représente plus que le total cumulé des années 2021, 2022, 2023 et 2024, une évolution que les défenseurs des droits des migrants jugent profondément inquiétante.
ProPublica a pu obtenir des informations détaillées sur environ 400 de ces enfants :
- 160 cas étaient liés à des préoccupations légitimes de protection de l’enfance (mineurs non accompagnés, risques de violence domestique, soupçons de traite, etc.).
- La majorité — plus de 240 mineurs — ont été arrêtés dans des situations où, selon d’anciens responsables fédéraux, l’ICE n’intervenait jamais auparavant.
Parmi ces cas figurent des adolescents arrêtés lors d’audiences d’immigration, des enfants présents lors de l’arrestation d’un parent ou d’un employeur, et environ 150 mineurs interpellés après des contrôles routiers, principalement en Floride.
Un système débordé : les enfants restent désormais près de six mois en détention
Les conditions de détention n’ont fait qu’empirer.
Alors que, sous l’administration Biden, un enfant restait en moyenne un mois dans un refuge fédéral avant d’être confié à un proche, la durée moyenne atteint désormais près de six mois, selon les données publiques consultées par ProPublica.
Ces temps de détention prolongés ont des conséquences psychologiques graves. “Ce qui arrive aux enfants aujourd’hui, c’est comme une série de petites politiques zéro tolérance”, déclare Marion Donovan-Kaloust, directrice des services juridiques de l’Immigrant Defenders Law Center, citée par ProPublica. “Tout cela s’additionne pour créer un traumatisme immense.”
Les avocats spécialisés signalent une augmentation des cas d’automutilation, de crises d’angoisse et de troubles du comportement.
L’exemple de Carlos : un adolescent envoyé en détention après un simple contrôle routier
Le reportage de ProPublica prend notamment l’exemple de Carlos, un jeune Guatémaltèque de 15 ans, arrêté en juin 2025 lors d’un contrôle routier en Floride.
Il vivait légalement sous la garde de sa tante Imelda Carreto, résidente permanente, qui avait reçu la garde officielle du jeune. Pourtant, faute d’avoir pu présenter un document au moment du contrôle, l’adolescent a été transféré dans un centre fédéral et retenu pendant plus de deux mois et demi.
“Pourquoi me gardent-ils ici ? Je n’ai rien fait de mal”, confiait-il à sa tante lors d’un appel vidéo, selon le témoignage recueilli par ProPublica. Le cas de Carlos, loin d’être isolé, illustre désormais un schéma systémique.
La Floride, épicentre des séparations : près de 5 000 policiers habilités à faire appliquer les lois fédérales
L’enquête de ProPublica fait état du rôle clé de la Floride dans cette nouvelle vague d’arrestations d’enfants.
Près de 5 000 policiers locaux et d’État — y compris des agents de la Fish and Wildlife Commission — ont été habilités à agir comme agents fédéraux de l’immigration. Résultat : au moins 47 enfants ont été arrêtés dans l’État depuis avril, principalement lors de contrôles routiers.
Selon les journalistes, plusieurs enfants ont été envoyés en centres fédéraux alors même qu’un adulte légalement responsable était présent, une pratique qui “pourrait violer les propres directives de l’ICE”.
Des procédures d’accueil durcies et dissuasives
L’administration Trump défend ces mesures en invoquant la sécurité.
La porte-parole de la Maison-Blanche, Abigail Jackson, assure que les contrôles renforcés visent à éviter que les enfants soient placés chez des adultes non vérifiés, affirmant que sous Biden, certains mineurs avaient été confiés à des personnes dangereuses.
L’Office of Refugee Resettlement (ORR), qui gère les refuges, justifie également les nouvelles exigences — tests ADN, vérification financière de tous les adultes du foyer, empreintes généralisées — en expliquant :”Les nouvelles exigences de parrainage permettent de protéger les enfants des trafiquants et d’autres personnes dangereuses.” Mais pour les ONG, ces mesures ont pour effet d’effrayer les familles et de pousser des proches pourtant éligibles à renoncer de peur d’être arrêtés.
Près de 140 enfants sont toujours enfermés — et près de 100 ont été déportés ou ont accepté de partir
Selon les données compilées par ProPublica, environ 140 enfants se trouvent encore dans les centres fédéraux, et près de 100 mineurs ont déjà été déportés ou ont signé des documents pour quitter le pays.
Pour les avocats interrogés, tout indique une stratégie plus large visant à durcir les procédures, rendre les familles trop terrifiées pour réclamer les enfants, et augmenter les expulsions d’enfants et d’adolescents. “Ils utilisent les enfants comme appâts », dénonce Marie Silver, avocate au National Immigrant Justice Center, citée par ProPublica. « Puis les enfants se retrouvent coincés.”
Une nouvelle génération de séparations familiales
Les journalistes de ProPublica soulignent que les séparations, autrefois limitées à la frontière, se produisent désormais dans tout le pays : dans des maisons, des entreprises, des tribunaux, des écoles ou des véhicules arrêtés pour des infractions mineures.
Pour Jen Smyers, ancienne responsable à l’Office of Refugee Resettlement : “Si le gouvernement est prêt à s’en prendre à ces enfants — parmi les plus vulnérables — et à les traiter de cette manière, cela envoie un message clair : personne n’est à l’abri.”
Alors que l’administration Trump renforce encore la coopération avec des forces locales et multiplie les centres de détention, les avocats craignent une nouvelle escalade.
Selon ProPublica, la moitié des enfants envoyés en centres cette année y étaient déjà passés par le passé — mais cette fois, ils y restent beaucoup plus longtemps.
Pour beaucoup d’entre eux, la scolarité, les amis, les activités et les familles d’accueil s’effondrent du jour au lendemain.
Le réseau d’environ 170 refuges fédéraux n’avait jamais été conçu pour enfermer des enfants séparés à l’intérieur du pays.
Aujourd’hui pourtant, il est devenu l’un des principaux outils de la politique migratoire américaine, avec des conséquences humaines considérables.
Et pour les 600 enfants concernés cette année, les espoirs de retrouver leur famille sont de plus en plus fragiles.

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Priscilla Olivarez, Immigrant Legal Resource Center
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Source:
ICE Sent 600 Immigrant Kids to Detention in Federal Shelters This Year. It’s a New Record.


