En pleine offensive de l’administration Trump contre l’immigration, le Vatican vient d’envoyer un signal fort aux catholiques américains. Le pape Léo XIV a choisi Ronald Hicks, un évêque au parcours façonné par l’Amérique latine, pour diriger l’un des diocèses les plus influents des États-Unis.
Ronald Hicks n’est pas un inconnu dans les cercles ecclésiastiques préoccupés par le sort des migrants. Avant de devenir évêque de Joliet, dans l’Illinois, ce prélat de 58 ans a passé cinq années au Salvador, où il œuvrait auprès d’enfants orphelins et abandonnés. Il avait auparavant effectué un travail similaire au Mexique. Ce parcours lui confère une connaissance intime des réalités qui poussent des millions de Latino-Américains à tenter leur chance aux États-Unis.
Le mois dernier, Mgr Hicks avait pris position publiquement sur la question migratoire, exprimant sa “solidarité avec tous nos frères et sœurs”. Il réagissait alors à une déclaration inhabituelle de la conférence des évêques américains critiquant les politiques de la Maison-Blanche, un texte dont il avait salué la “clarté” et la “conviction”.
Cette nomination intervient dans un contexte de tensions croissantes entre l’Église catholique et le gouvernement fédéral sur le traitement des immigrants. Les évêques américains ont récemment publié un communiqué condamnant les “expulsions massives et indiscriminées de personnes”, une prise de position rare qui témoigne du malaise grandissant au sein de l’épiscopat.
Le choix du pape Léo ne doit rien au hasard.
Les deux hommes partagent des racines communes dans la banlieue sud de Chicago, une région ouvrière marquée par une forte tradition de catholicisme social. Hicks est né à Harvey, dans l’Illinois, à quelques kilomètres de Dolton, où le futur pontife a grandi.
Dans une entrevue accordée plus tôt cette année à la chaîne WG9 de Chicago, le nouvel archevêque avait évoqué cette proximité avec le pape : “Je reconnais beaucoup de similitudes entre lui et moi. Nous avons grandi littéralement dans le même périmètre, dans le même quartier. Nous avons joué dans les mêmes parcs, nagé dans les mêmes piscines, aimé les mêmes pizzerias. C’est vraiment concret.”
Cette connivence géographique et culturelle pourrait faciliter la communication entre New York et Rome à une période où l’Église américaine navigue en eaux troubles.
Un successeur aux antipodes de Dolan
Ronald Hicks succède au cardinal Timothy Dolan, figure médiatique du catholicisme américain qui a atteint cette année l’âge de 75 ans, seuil auquel les évêques doivent soumettre leur démission au souverain pontife.
Le contraste entre les deux hommes est saisissant. Là où Dolan entretenait des relations cordiales avec Donald Trump — il avait dirigé la prière d’invocation lors de l’investiture présidentielle de 2025, affirmant que le président “prend sa foi chrétienne au sérieux” — Hicks incarne une approche plus distante du pouvoir politique.
Le cardinal sortant avait également suscité la controverse en comparant Charlie Kirk, l’activiste conservateur assassiné en septembre dernier, à saint Paul, figure centrale du christianisme primitif. Une analogie jugée excessive par de nombreux observateurs.
Michael Sean Winters, commentateur catholique interrogé par CNN, décrit Hicks comme « un bon auditeur et un bâtisseur de ponts qui suivra l’exemple du pape Léo ». Il souligne que le nouvel archevêque n’a “aucun tempérament de guerre culturelle”.
Malgré ses positions sur l’immigration, Ronald Hicks ne se laisse pas facilement étiqueter sur l’échiquier idéologique qui divise le catholicisme américain. Elise Allen, biographe du pape Léo, nuance le portrait : “Il se situe un cran à gauche du cardinal Timothy Dolan, mais il n’est en aucun cas un progressiste pur et dur.”
Selon elle, le pontife américain “ne recherche ni conservateurs ni progressistes pour les nominations épiscopales. Il veut des hommes qui partageront ses priorités mais qui adoptent fondamentalement une posture d’équilibre.”
Cette recherche de modération s’est manifestée dans l’opposition de Hicks aux tentatives de certains évêques américains de refuser la communion à l’ancien président Joe Biden en raison de son soutien à l’avortement légal. Une position qui lui a valu le respect des deux camps.
Sean Winters insiste sur l’attachement du prélat à la doctrine sociale de l’Église — attention aux marginalisés, soutien aux syndicats, lutte contre les injustices économiques — une tradition profondément ancrée dans le catholicisme de Chicago.
L’ombre des abus sexuels
Le nouvel archevêque hérite également d’un dossier épineux. L’archidiocèse de New York a récemment annoncé la création d’un fonds de 300 millions de dollars pour indemniser environ 1 300 victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé. Des ventes immobilières importantes sont prévues pour financer ces règlements.
Le cardinal Dolan lui-même a été critiqué pour sa gestion de ces affaires, notamment durant son passage à Milwaukee, où il aurait privilégié la protection des actifs financiers de l’Église et approuvé des paiements à des prêtres accusés.
Hicks a déjà fait connaître sa philosophie sur ce sujet douloureux : “Nous devons traiter tous les torts et problèmes qui existent et ne pas avoir peur de les affronter.”
La nomination propulse Ronald Hicks au cœur d’une situation politique explosive. Entre une administration fédérale hostile à l’immigration et un épiscopat américain divisé, le nouvel archevêque devra faire preuve de doigté.
Sean Winters se montre confiant dans les capacités du prélat à relever le défi : “Il est charismatique, et quand on a grandi dans le South Side de Chicago, comme Mgr Hicks, on sait encaisser les coups et se relever.”
Le soutien présumé du cardinal Blase Cupich de Chicago, proche du pape et membre du dicastère responsable des nominations épiscopales, pourrait également faciliter l’intégration de Hicks dans ses nouvelles fonctions.
Cette nomination confirme la volonté du premier pape américain de l’histoire de maintenir le cap fixé par son prédécesseur François sur la question migratoire, tout en évitant les écueils de la polarisation politique qui mine le débat public aux États-Unis.
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Article rédigé à partir d’informations rapportées par CNN



