La situation d’Haïti au coeur d’une réunion du conseil de sécurité de l’ONU

CTN News
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Le climat d’insécurité et l’instabilité politique qui s’installe en Haïti ont été au centre d’une réunion organisée jeudi 16 avril au conseil de sécurité de l’organisation des Nations-unies.

Dans un rapport présenté devant l’assemblée, le secrétaire général des Nations-unies Antonio Guterres a passé en revu la situation d’Haiti caractérisée par l’insécurité, la violation des droits humains, le dysfonctionnement des institutions, l’instabilité politique entre autres. Le rapport fait état de la poursuite de l’escalade de la violence des bandes organisées, notamment les enlèvements et les meurtres violents dans l’agglomération de Port-au-Prince. Ce qui, souligne le rapport, entraîne un profond sentiment d’inquiétude au niveau de la population.

‘’Les enlèvements et les homicides volontaires ne sont pas tous signalés, mais la Police nationale d’Haïti a tout de même enregistré 540 enlèvements entre le 1er janvier et le 31 mai 2022 (soit une augmentation de 36,4 %), contre 396 au cours des cinq derniers mois de 2021, tandis que le nombre d’homicides volontaires a augmenté de 17 %, de 668 au cours des cinq derniers mois de 2021 à 782 au cours des cinq premiers mois de 2022.’’ indique le rapport.

Le rapport souligne une nette augmentation des cas d’enlèvement pour le mois de mai avec un total de plus de ‘’198 enlèvements et 201 homicides ont été signalés, essentiellement dans le département de l’Ouest’’.

Les affrontements entre les gangs armés de la région métropolitaine de Port-au-Prince se sont intensifiés et étendus aux quartiers adjacents vers fin avril et début mai tout en soulignant des violents combats qui ont éclaté entre gangs rivaux du niveau de la Croix-des-Bouquets et de La Plaine de Cul-de-Sac et de Cité Soleil. Plus de 17 000 civils ont fui ces zones où sévissent les bandes organisées, devenant des personnes déplacées et entraînant la formation de nouveaux camps près de zones auxquelles les services de secours ont difficilement accès.

Les habitants du quartier de Martissant à Port-au-Prince et des communes de Croix-des-Bouquets, Tabarre et Delmas, où la criminalité et la violence restent les plus flagrantes, continuent de demander que le Gouvernement fasse preuve de fermeté contre les bandes organisées armées.

A côté de la population civile, la police nationale est aussi l’une des victimes de cette situation d’insécurité qui s’installe dans le pays. Suivant le rapport soumis au conseil de sécurité, l’effectif de la police nationale a connu une diminution importante à cause des démissions, des départs à la retraite et de décès.

En effet “sur un total de 15 459 membres enregistrés (effectif de la PNH NDLR), seuls quelque 12 800 étaient en activité au 31 mai. Cet écart s’explique par un nombre important de désertions, d’absences pour raisons de santé et de suspensions, ainsi que par l’utilisation systématique de membres de la police pour la protection rapprochée.’’ écrit l’ONU.

Cette tendance à la baisse doit se poursuivre à cause d’un manque d’efforts soutenus de recrutement et de formation. Ce manquement diminue la capacité opérationnelle de l’institution policière dans un contexte de multiplication des actes de violence.

Ce qui fait que la jouissance des droits humains demeure une chimère. Les bandes organisées continuent de commettre en toute impunité les meurtres, les enlèvements, les violences sexuelles avec un contrôle de presque tous les quartiers de la capitale.

Le rapport du secrétaire général de l’ONU souligne que ‘’les enlèvements demeurent une réalité de la vie quotidienne des haïtiens et des haïtiennes et une source de revenus pour les bandes organisées’’. Aucune couche de la société n’est à l’abri de ce fléau fait remarquer l’ONU arguant que ‘’les médecins, les avocats, le personnel de santé, les professeurs et les défenseurs des droits humains sont parmi les plus touchés (hommes ou femmes), tandis que les femmes et les filles kidnappées risquent fort de subir des violences sexuelles et fondées sur le genre pendant leur captivité’’.

Le rapport note que les mouvements de protestation organisés contre les enlèvements ont occasionné des manifestations et des grèves notamment au niveau des hôpitaux.

Pour protester contre les enlèvements, les travailleurs de la santé, les étudiants et les conducteurs de transports publics ont manifesté dans toute la capitale, du 14 au 16 mars. Les hôpitaux et cliniques privés se sont joints au mouvement en organisant un arrêt de travail.

Autres points du rapport du secrétaire général présenté devant le conseil de sécurité concerne notamment l’insécurité alimentaire résultant du blocage imposé par les gangs dans le quartier de Martissant. Ainsi lit-on dans le rapport ‘’outre la violence, les bandes organisées ont continué d’infiltrer l’économie locale par l’extorsion, le racket et le prélèvement illégal de taxes’’. Le rapport fait état de ‘’la détérioration de la sécurité dans la section de Martissant de la route nationale numéro 2, ou les bandes organisées imposent aux propriétaires de ferry (camions de marchandises NDLR) de leur donner 100 dollars par véhicule transporté. Non seulement la situation actuelle limite la liberté de mouvement, mais elle a également un impact direct sur la sécurité alimentaire et l’accès aux marchandises dans la capitale et les régions du sud du pays’’.

Du point de vue du fonctionnement d’institutions et de la distribution de la justice, le rapport note que ‘’le système judiciaire haïtien reste miné par la corruption, l’insuffisance des ressources et le manque de volonté politique, qui contribuent au blocage des procédures’’. Les enquêtes sur les massacres de La Saline (2018) et de Bel-Air (2019) et sur l’assassinat de Monferrier Dorval (batônier 2020), président de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, n’ont pas avancé. De plus, le mauvais fonctionnement de la justice accentue le phénomène de la détention préventive prolongée. Plus de 85 % des jeunes mineurs incarcérés dans les prisons haïtiennes demeurent en détention provisoire pour des périodes exceptionnellement longues’’, lit-on dans le rapport de 31 pages.

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