C’est une belle page d’histoire qui s’ouvre en Colombie. Pour la première fois, une personnalité de la gauche accède à la présidence. Il s’agit de Gustavo Petro, 62 ans, désigné lauréat des dernières joutes électorales colombiennes.
Gustavo Petro a récolté 50,45 % des votes, soit 11,2 millions de voix contre 47,30 à son concurrent l’homme d’affaires Rodolpho Hernandez, qui a recueilli 10,5 millions. Ces élections étaient très suivies en Colombie auxquelles ont pris part plus de 58% de la population.
Gustavo Petro qui officiait jusque-là comme sénateur de la Colombie était l’une des figures de l’opposition politique de son pays. Il promet de “changer” le pays qui fait face à une crise de gouvernance.
“Aujourd’hui est un jour de fête pour le peuple. Laissez-le célébrer sa première victoire populaire”. “Que tant de souffrances soient guéries par la joie qui inonde aujourd’hui le cœur de la patrie” a twitté l’ex-guérillero et ancien maire de Bogota, pour une première célébration de sa victoire.
Les résultats ont été acceptés par Rodolphe Hernandez, selon ses propos lors d’un live sur Facebook.
“Je souhaite au Dr Gustavo Petro qu’il sache comment diriger le pays et qu’il soit fidèle à son discours contre la corruption”, a-t-il suggéré.
Le président conservateur sortant Ivan Duque a salué la victoire du Dr Gustavo Petro, relatant sur Twitter l’avoir appelé “pour le féliciter”, avant une éventuelle rencontre dans les prochains jours pour, dit-il, entamer une transition harmonieuse, institutionnelle et transparente.
L’Union européenne, qui a envoyé une mission d’observation, a félicité M. Petro et sa colistière pour leur victoire, évoquant une “alternance qui fait partie de la démocratie”, selon son ambassadeur Gilles Bertrand.
Ces élections colombiennes sont profondément historiques. Outre M Petro, premier homme de gauche élu président, Francia Marquez, 40 ans, modeste villageoise devenue activiste écologiste, est aussi devenue la première Afrodescendante, vice-président du pays.
L’annonce des résultats a donné lieu à des scènes de liesse en Colombie notamment à Bogota où se trouve le quartier général du camp du Dr Gustavo Petro. L’heure du changement a sonné ont clamé certains manifestants et partisans de Pedro.
L’issue de cette élection présidentielle constitue un véritable couac pour les élites conservatrices et libérales de la Colombie, au pouvoir depuis deux siècles.
Cette fois est la bonne pour Gustavo Petro, qui s’était présenté à deux reprises auparavant à l’élection présidentielle en Colombie.
Un vaste chantier l’attend. Outre des problèmes de gouvernance et une crise sociopolitique, il devra relancer l’économie de la quatrième puissance financière d’Amérique Latine.
M. Petro fait du renforcement de l’Etat, la réforme du système des retraites et l’augmentation d’impôt pour les plus riches, ses priorités. Aussitôt installé, il envisage de suspendre l’exploration pétrolière pour faire place à une transition énergétique.
Il devra composer avec un parlement divisé, où sa coalition est certes majoritaire mais fragilisée par un grand nombre de conservateurs et de libéraux. Il devra aussi réunifier l’armée qui fait face à un sérieux problème de budget.
Les deux rivaux se sont livrés une bataille féroce, avec des accusations l’un envers l’autre.
Gustavo Petro ainsi que son adversaire Rodolpho Hernandez portaient un discours de rupture et anti-establishment. Petro insistait un peu plus sur le progrès et le social, militant en faveur du droit à la vie, tandis que M. Hernandez a dit vouloir en finir avec la corruption, qui gangrène le pays.
La Colombie est parvenue à organiser ces élections dans un contexte de crise profonde, marquée par une récession sévère après la pandémie de Covid-19, des troubles sociopolitiques et la remontée de la violence des groupes armés.

