Washington justifie l’arrestation de Dimitri Vorbe en invoquant des activités jugées nuisibles à sa politique étrangère

Emmanuel Paul
Par
Emmanuel Paul
Journalist/ Storyteller
Emmanuel Paul est un journaliste chevronné et un conteur accompli, animé par un engagement profond envers la vérité, la communauté et l’impact social. Il est le...

De nouveaux détails émergent sur l’arrestation de l’homme d’affaires haïtien Dimitri Vorbe, interpellé mardi 23 septembre 2025 aux États-Unis par les services fédéraux.

Selon un communiqué officiel de l’Ambassade des États-Unis en Haïti, le Département d’État a déterminé que « la présence ou les activités de Vorbe aux États-Unis pourraient avoir de graves conséquences négatives pour la politique étrangère américaine ». Cette appréciation a « servi de base à l’accusation d’expulsion », ajoute le texte transmis à la presse.

Plus précisément, les autorités américaines affirment que M. Vorbe « s’était livré à une campagne de violence et de soutien aux gangs qui avaient contribué à la déstabilisation d’Haïti ».

L’homme d’affaires, ancien dirigeant de la société énergétique SOGENER et figure controversée de la scène politico-économique haïtienne, a été arrêté mardi à son domicile par des agents de la Homeland Security Investigations (HSI), une branche du Département de la Sécurité intérieure (DHS).

Une source proche de la famille, citée par Le Nouvelliste, a confirmé l’interpellation : « Ils sont venus chez lui et l’ont emmené. Il n’y a pas d’autres détails pour le moment. »

Dimitri Vorbe a été conduit au centre de détention fédéral de Krome, en Floride, où il se trouve actuellement incarcéré.

Selon l’Associated Press (AP), aucune charge pénale formelle n’a encore été rendue publique. Un porte-parole de l’ICE, l’agence américaine de l’immigration, a refusé de commenter immédiatement la situation.

Un dossier sensible depuis 2020

Ce n’est pas la première fois que le nom de Dimitri Vorbe apparaît dans les radars des autorités américaines.

En août 2020, il avait déjà été arrêté aux États-Unis, et son passeport avait été saisi. Depuis, son dossier était traité par les services de l’immigration américaine.

M. Vorbe, opposant déclaré à l’ancien président haïtien Jovenel Moïse, s’était réfugié aux États-Unis pour éviter des poursuites judiciaires engagées en Haïti dans le cadre des contrats conclus entre SOGENER et l’État.

Ces litiges avaient alimenté de vives polémiques et contribué à faire de lui une personnalité divisive au sein de l’opinion publique haïtienne.

Une source proche du dossier, citée par AP, a indiqué que l’homme d’affaires devrait « comparaître prochainement devant un tribunal » dans le cadre de la procédure d’expulsion.

Cette arrestation s’inscrit dans une série de mesures prises par les États-Unis à l’encontre de personnalités haïtiennes soupçonnées de corruption ou de liens avec les gangs armés.

Au cours des derniers mois, plusieurs figures politiques et économiques haïtiennes ont vu leurs visas annulés ou ont été sanctionnées. Parmi elles figurent les anciens parlementaires Arnel Bélizaire et Antonio Chéramy, alias Don Kato. Ce dernier, ex-sénateur, est un proche allié de Dimitri Vorbe.

L’arrestation de M. Vorbe intervient aussi dans la foulée de celle de l’homme d’affaires Réginald Boulos, également détenu par les services américains de l’immigration depuis juillet 2025 à Miami.

Des avertissements répétés de Washington

Ces développements confirment le ton ferme adopté par les responsables américains à l’égard de certains acteurs haïtiens. Le chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Henry Wooster, avait déclaré récemment : « Nous avons révoqué le statut de résident américain pour les personnes ayant travaillé avec des chefs de gangs haïtiens ou soutenu leurs activités criminelles. Si vous supportez des organisations violentes, vous ne serez pas autorisé à rester aux USA. L’époque de l’impunité est désormais terminée. »

Des propos renforcés par le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau, qui a affirmé lundi, cité par l’AP : « Le gouvernement américain restera implacable dans la poursuite de ceux qui soutiennent les gangs terroristes, au moyen d’actes d’accusation, d’arrestations, de sanctions (…) et d’autres restrictions d’immigration. »

Dans un pays secoué par une violence croissante des gangs et une instabilité politique chronique, l’arrestation de Dimitri Vorbe a immédiatement suscité des réactions. Elle alimente le débat autour des responsabilités des élites économiques dans la crise actuelle et met en lumière la stratégie américaine de pression ciblée.

Pour Washington, il s’agit de démontrer que le soutien présumé aux organisations criminelles ne restera pas sans conséquences, même au-delà des frontières haïtiennes. Pour les partisans de Vorbe, cette arrestation illustre plutôt une instrumentalisation politique visant à affaiblir des opposants au pouvoir en place à Port-au-Prince.

Quoi qu’il en soit, la procédure judiciaire américaine contre Dimitri Vorbe s’annonce longue et suivie de près. Elle pourrait déboucher sur une expulsion ou sur des poursuites pénales, selon l’évolution des investigations.

En attendant, le communiqué de l’Ambassade des États-Unis en Haïti fixe clairement le cadre : la présence de Vorbe sur le territoire américain est désormais considérée comme incompatible avec les intérêts diplomatiques de Washington.

https://ctninfo.com/?p=37079&preview=true

https://x.com/USEmbassyHaiti/status/1970929550063280399

Partager cet article