Une mère haïtienne allaitante et son nourrisson malade de 17 jours déportés par la République dominicaine

Charilien Jeanvil

Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) continue de s’insurger contre le traitement brutal et inhumain des migrantes et migrants haïtiens en République dominicaine. L’organisation dénonce une politique migratoire violant les conventions internationales de droits humains et dépourvue d’humanité, n’épargnant même pas les femmes enceintes, allaitantes et des bébés. Indigné, le Garr alerte sur un nouveau cas de déportation d’une mère haïtienne allaitante et son nourrisson de 17 jours, pourtant en situation de détresse.

Alabré Sentia, âgée de 34 ans et originaire de Léogâne, a été accueillie le 29 janvier 2026 par le Garr dans son centre de Belladère. Elle raconte avoir été admise à l’hôpital Maternidad de Altagracia, à Santo Domingo, en République Dominicaine le 12 janvier 2025 pour son accouchement. En raison de complications, le médecin a procédé à une manœuvre de « dégagement » de l’épaule du bébé afin de faciliter sa naissance, explique la mère. L’enfant a été gardé par les médecins en violation du droit à l’allaitement, sans de véritables soins adaptés à son état, loin de sa mère, qui n’a même pas été informée de l’état de santé de son bébé, dénonce le Garr.

Après 17 jours d’alitement à la maternité de l’Hôpital, Sentia, toute fragile, a été expulsée de l’hôpital et remise au service de l’immigration, qui l’a ensuite déportée avec son nouveau-né à la frontière de Belladère.

Constatant l’état de détresse de l’enfant, le Garr a orienté la mère auprès de l’Hôpital de la Nativité de Belladère. Le diagnostic a découvert un os fracturé au niveau de l’épaule. Ainsi le nourrisson a été transféré rapidement à l’Hôpital Sainte-Thérèse de Hinche afin de recevoir des soins d’orthopédie pédiatrique. Le trajet a été un véritable calvaire pour la mère et son nourrisson car devant braver le danger du fleuve de Péligre. La route de Mirebalais étant bloquée par des gangs.

Désemparée, Alabré Sentia réclame le soutien des autorités haïtiennes pour prendre soin de son bébé souffrant. Elle n’a plus de repères en Haïti après avoir tout abandonné dans son quartier de Turgeau à Port-au-Prince, sous la menace des gangs pour se réfugier jusqu’en République dominicaine.

Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés continue de s’alarmer sur la situation difficile des migrantes haïtiennes sur le territoire dominicain depuis l’application des mesures restrictives adoptées en avril 2025, contre l’admission des femmes migrantes haïtiennes dans les hôpitaux du pays.

Des Haïtiennes y ont déjà laissé leur peau dont Lourdia Jean Pierre décédée en mai 2025 dans un accouchement à son domicile à El Seibo, ne voulant pas se rendre à l’hôpital par peur d’être séparée de son bébé et d’être expulsée. Il y a également le cas de Natacha Désir et de son bébé, tous deux décédés suite à un accouchement ayant mal tourné en août 2025, à l’Hôpital Municipal de Verón, à Punta Cana. Les proches des victimes reprochaient au personnel médical des négligences graves.

Le Garr appelle les autorités dominicaines à garantir la protection des femmes migrantes haïtiennes enceintes et allaitantes ainsi que les enfants conformément à l’accord de décembre 1999 encadrant le processus des rapatriements entre les deux pays.

L’organisation invite en outre, l’Etat haïtien à mettre en place des politiques publiques ambitieuses, incluant des infrastructures sanitaires standardisées, notamment au niveau de la frontière pour offrir aux femmes haïtiennes la possibilité de se faire soigner dans le pays et d’y vivre en toute dignité.

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