Bonne nouvelle pour les immigrants sud-soudanais aux États-Unis.
Une juge fédérale du Massachusetts suspend temporairement la décision de Washington de mettre fin au statut protégé accordé depuis 2011 aux ressortissants du Soudan du Sud.
Dans une décision rendue mardi, la magistrate fédérale Angel Kelley a accordé un sursis aux quelque 300 Sud-Soudanais menacés d’expulsion des États-Unis.
Cette intervention judiciaire intervient alors que l’administration américaine s’apprêtait à retirer, dès le 5 janvier prochain, le statut de protection temporaire (TPS) dont bénéficient ces migrants.
Depuis 2011, Washington accordait cette protection aux ressortissants du Soudan du Sud en raison de la guerre civile dévastatrice qui a ravagé le jeune pays, faisant près de 400 000 morts.
Cette catastrophe humanitaire avait éclaté peu après l’indépendance du pays vis-à-vis du Soudan, plongeant la nation dans un cycle de violences politiques et ethniques.
Un désaccord sur la réalité du terrain
Le gouvernement américain justifie sa décision par une amélioration supposée de la situation sécuritaire au Soudan du Sud. Dans son avis de novembre dernier, le département de la Sécurité intérieure estime que les conditions ne correspondent plus aux critères d’un conflit armé menaçant gravement la sécurité des personnes.
“Bien qu’il existe des violences intercommunautaires liées à des différends frontaliers, des attaques cycliques et une polarisation ethnique, un retour à une guerre civile à grande échelle a été évité jusqu’à présent”, affirme le document gouvernemental.
Cette analyse est vivement contestée par les défenseurs des droits des migrants.
Diana Konaté, de l’organisation African Communities Together, qui a déposé un recours collectif au nom de quatre Sud-Soudanais, dénonce une décision “déconnectée de la réalité”.
“Quiconque suit l’actualité du Soudan du Sud sait que le pays demeure dangereux. Des populations entières continuent de fuir certaines régions à cause de combats qui se poursuivent. La crise humanitaire n’a pas disparu”, martèle-t-elle.
Les quelque 230 bénéficiaires actuels du TPS et les 70 demandeurs en attente ont construit leur existence aux États-Unis. Nombre d’entre eux ont encore des proches dans des camps de réfugiés.
“Ces personnes travaillent, étudient, contribuent à leurs communautés. Elles ont fait les choses dans les règles. On leur arrache maintenant tout sans qu’elles aient commis la moindre faute”, déplore Diana Konaté.
La décision de la juge Kelley ne constitue qu’une victoire temporaire. Le gouvernement dispose jusqu’au 9 janvier pour présenter ses contre-arguments, tandis que les plaignants auront jusqu’au 13 janvier pour répliquer.
Un bras de fer politique
La secrétaire adjointe à la Sécurité intérieure, Tricia McLaughlin, a vertement critiqué l’intervention judiciaire, dénonçant «une ordonnance militante» qui “usurpe l’autorité constitutionnelle du Président”.
Selon elle, l’administration précédente aurait détourné le TPS pour “permettre l’entrée de terroristes violents et de menaces à la sécurité nationale”. Elle affirme que “la paix renouvelée au Soudan du Sud” et “l’amélioration des relations diplomatiques” justifient la fin d’un dispositif conçu comme temporaire.
Pour Diana Konaté, cette première manche judiciaire offre néanmoins “un peu d’air” aux familles concernées pour “réfléchir à la suite”.
Cette décision va au-delà de la communauté sud-soudanaise. Des milliers d’immigrants en provenance d’autres pays sont également concernés par la décision de l’administration Trump de mettre fin au statut de protection temporaire (TPS). Il s’agit notamment de la communauté haïtienne dont le TPS arrive à expiration le 3 février prochain.
Plus de 500 000 immigrants haïtiens sont à risque de perdre leur statut légal si aucune décision judiciaire n’est prise en faveur des Haïtiens.



