Une cour d’appel bloque la fin des protections légales pour 600 000 Vénézuéliens

Emmanuel Paul
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Emmanuel Paul est un journaliste chevronné et un conteur accompli, animé par un engagement profond envers la vérité, la communauté et l’impact social. Il est le...

La Cour d’appel fédérale du neuvième circuit a infligé vendredi un revers majeur à l’administration Trump.

Dans une décision rendue publique le 29 août 2025, un panel de trois juges a bloqué la tentative du gouvernement de mettre fin au Statut de protection temporaire (TPS) dont bénéficient environ 600 000 ressortissants du Venezuela aux États-Unis.

Cette mesure, qui prolonge de fait la protection légale et le droit au travail pour des centaines de milliers de personnes, s’inscrit dans un contentieux de longue haleine opposant la Maison-Blanche et des associations de défense des immigrés.

Selon les informations rapportées par The Independent, les magistrats de la Cour d’appel ont confirmé une décision rendue au printemps par le juge fédéral Edward Chen. En mars, ce dernier avait estimé que les plaignants disposaient d’arguments solides pour contester la décision de l’administration Trump, allant jusqu’à pointer une possible motivation raciale derrière l’initiative gouvernementale.

Le juge Chen avait alors ordonné un gel immédiat des résiliations de TPS. Mais, dans un rebondissement, la Cour suprême avait annulé son ordonnance sans explication, une pratique habituelle lors des recours d’urgence. L’arrêt de vendredi redonne donc un souffle aux bénéficiaires du programme, même si l’avenir demeure incertain.

La portée pratique de ce nouveau jugement reste floue. D’après The Independent, près de 350 000 Vénézuéliens avaient déjà perdu leur protection légale en avril, faute de renouvellement. Pour un autre groupe de 250 000 personnes, l’échéance du 10 septembre approche rapidement.

Les familles concernées restent dans l’angoisse. Certaines vivent depuis plus d’une décennie aux États-Unis, y ont fondé un foyer et contribuent au marché du travail. Le TPS, instauré par le Congrès dans la loi sur l’immigration de 1990, avait précisément pour objectif de fournir une protection humanitaire aux étrangers confrontés à des crises majeures dans leur pays d’origine : guerres civiles, catastrophes naturelles ou instabilité politique.

Du côté de l’exécutif, la décision de mettre fin aux protections s’appuyait sur une lecture différente de la situation. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, avait affirmé que « les conditions au Venezuela comme en Haïti se sont améliorées » et qu’il n’était pas dans l’intérêt national « de prolonger indéfiniment un programme censé être temporaire ».

Cette justification n’a pas convaincu les juges d’appel, qui estiment que les preuves avancées par le gouvernement ne suffisent pas à écarter les risques persistants pour les ressortissants vénézuéliens.

Le Venezuela reste englué dans une profonde crise économique et sociale. Comme le souligne The Independent, le pays connaît une hyperinflation chronique, un chômage massif et une insécurité alimentaire aiguë. À cela s’ajoutent des accusations répétées de corruption politique et de mauvaise gestion des ressources publiques, qui ont aggravé l’exode de millions de citoyens vers les pays voisins et les États-Unis.

Pour beaucoup d’experts, parler d’une amélioration de la situation relève davantage de l’argument politique que de la réalité du terrain.

Si la décision du neuvième circuit constitue un répit pour les bénéficiaires du TPS, le dossier est loin d’être clos. L’administration Trump pourrait choisir de saisir de nouveau la Cour suprême des États-Unis, qui détient le dernier mot. La plus haute juridiction avait déjà montré sa volonté de laisser le gouvernement avancer sur ce terrain, en annulant l’ordonnance initiale du juge Chen.

En attendant, des centaines de milliers de familles vénézuéliennes retiennent leur souffle. Pour elles, le TPS représente bien plus qu’un simple statut administratif : c’est la garantie de rester dans un pays où elles ont construit leur vie, alors que leur patrie d’origine demeure frappée par la crise.

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Source: The Independent.

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