Alors que le président américain Donald Trump durcit son discours et ses politiques contre l’immigration, l’une de ses propres entreprises adopte une autre stratégie sur le plan économique en recourant constamment à la main-d’œuvre étrangère, désormais à un coût réduit grâce à un récent changement réglementaire adopté par son administration.
Selon des documents officiels consultés par Forbes, « The Trump Organization » a déposé une demande auprès du département du Travail afin de recruter 36 travailleurs agricoles étrangers pour son vignoble de Virginie, via le programme de visas temporaires H-2A. Les contrats couvriraient la période de février à octobre 2026, avec une rémunération horaire fixée à 13,90 dollars.
Ce salaire est significativement inférieur à celui pratiqué par la même entreprise l’année précédente.
En 2025, les travailleurs occupant des fonctions similaires percevaient 15,81 dollars de l’heure, soit près de deux dollars de plus. Il s’agit également du niveau de rémunération le plus bas proposé par ce vignoble depuis au moins quatre ans, d’après les archives du département du Travail.
Une réforme fédérale aux conséquences concrètes
Cette évolution salariale ne doit rien au hasard. En octobre 2025, l’administration Trump a modifié la méthode fédérale servant à calculer le salaire minimum applicable à certains travailleurs agricoles temporaires étrangers.
Cette réforme concerne « l’adverse effect wage rate (AEWR) », un mécanisme censé empêcher que l’embauche de travailleurs étrangers n’exerce une pression à la baisse sur les salaires des travailleurs américains.
La nouvelle règle, entrée en vigueur immédiatement sous forme de règlement intérimaire, a conduit à une réduction des seuils salariaux dans plusieurs États et catégories professionnelles. Deux mois plus tard,
« The Trump Organization » déposait sa demande, s’inscrivant directement dans ce nouveau cadre plus favorable aux employeurs.
Dans son dossier, l’entreprise affirme ne pas être parvenue à recruter suffisamment de travailleurs américains disponibles et soutient que l’embauche de travailleurs étrangers n’aura aucun impact négatif sur les salaires ou les conditions de travail locales, conformément aux exigences légales.
Une dépendance structurelle à la main-d’œuvre étrangère
L’enquête de Forbes révèle une réalité de long terme : depuis 2008, « The Trump Organization » a cherché à faire venir au moins 2 069 travailleurs étrangers aux États-Unis, principalement par le biais des programmes H-2A (agriculture) et H-2B (hôtellerie et loisirs).
Sur l’ensemble des années où Donald Trump a exercé la présidence, Forbes a révélé que ses entreprises ont sollicité l’embauche de 602 travailleurs étrangers, selon les données fédérales. Ces chiffres contrastent fortement avec la rhétorique politique du président, qui soutient régulièrement que les travailleurs immigrants privent les Américains d’emplois et contribuent à la stagnation des salaires.
Si Donald Trump critique rarement le recours à la main-d’œuvre étrangère dans l’agriculture, il reste l’un des dirigeants politiques les plus offensifs sur la question migratoire, en particulier à l’égard des visas pour travailleurs qualifiés.
Un durcissement ciblé des visas
Dans le cadre de son second mandat, l’administration Trump a intensifié les contrôles migratoires et renforcé les opérations de l’ICE. Les visas H-1B, destinés aux travailleurs hautement qualifiés, ont été particulièrement visés. En septembre, une mesure imposant jusqu’à 100 000 dollars de frais pour certaines demandes de H-1B a été annoncée.
À l’inverse, les programmes H-2A et H-2B, utilisés par les entreprises du président, n’ont pas fait l’objet de restrictions comparables. Cette différence de traitement alimente les critiques de certains observateurs, qui y voient une politique migratoire à géométrie variable.
Ni la Maison-Blanche ni la Trump Organization n’ont répondu aux demandes de commentaires adressées par Forbes.
La réforme salariale d’octobre 2025 suscite une vive opposition dans le monde agricole. L’Economic Policy Institute estime qu’elle pourrait entraîner une baisse annuelle d’environ 3 milliards de dollars des revenus des travailleurs agricoles aux États-Unis.
En novembre, le syndicat United Farm Workers, accompagné de 18 travailleurs agricoles, a engagé une procédure judiciaire contre le département du Travail. Les plaignants estiment que la réforme viole la loi fédérale en affaiblissant les protections censées prévenir une dégradation des salaires et des conditions de travail.
Le département du Travail défend la mesure, affirmant qu’elle favorisera l’embauche légale et pourrait générer environ 200 millions de dollars de bénéfices économiques par an, tout en permettant le recrutement de près de 119 000 travailleurs agricoles supplémentaires.
Un président toujours lié à ses intérêts économiques
Donald Trump reste autorisé à percevoir des revenus issus de ses entreprises par l’intermédiaire du Donald J. Trump Revocable Trust, dont il est le bénéficiaire unique. Son fils, Donald Trump Jr., en assure la gestion. Des documents réglementaires confirment que le président conserve un contrôle effectif sur ses activités commerciales pendant son mandat.
Selon Forbes, la fortune personnelle de Donald Trump est aujourd’hui estimée à 6,7 milliards de dollars, en forte hausse depuis son retour à la Maison-Blanche, une progression largement attribuée à ses investissements récents dans les cryptomonnaies.
La Trump Organization devrait déposer de nouvelles demandes de visas saisonniers dans les prochains mois, notamment pour ses complexes de golf du New Jersey. Par ailleurs, le litige judiciaire visant la réforme salariale fédérale suit son cours, sans échéancier clair quant à une décision définitive.
Source : Forbes, enquête de Zach Everson, janvier 2026.



