Un ressortissant haïtien condamné 17 fois toujours détenu par l’ICE un an après son arrestation

Darbouze Figaro

Un ressortissant haïtien arrêté par les autorités fédérales américaines pour de multiples délits demeure en détention administrative de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) près d’un an après son interpellation, et ce malgré l’existence d’un ordre d’expulsion à son encontre.

Selon Inquisitr News, Wisteguens Jean Quely Charles, 25 ans, a été arrêté le 22 janvier 2025 par l’équipe Enforcement and Removal Operations (ERO) Boston de l’ICE. Il est actuellement détenu dans un centre de rétention en Louisiane, d’après des informations rapportées par le journaliste Bill Melugin de Fox News.

Une expulsion retardée par des recours juridiques

Toujours selon Bill Melugin, bien que Charles fasse l’objet d’un ordre de renvoi, il « continue d’utiliser toutes les voies de recours et procédures d’appel disponibles pour tenter d’éviter son expulsion ». À ce jour, ni l’ICE ni le Département de la Sécurité intérieure (DHS) n’ont communiqué publiquement sur les raisons précises de la durée prolongée de sa détention.

Des images de son arrestation, diffusées en janvier 2025, le montrent proférant des insultes à l’encontre du président Donald Trump après avoir été placé dans un véhicule fédéral. « Je ne retournerai pas en Haïti ! », crie-t-il également dans la vidéo, avant d’ajouter : « Biden pour toujours ! Remerciez Obama pour tout ce qu’il a fait pour moi. »

Un long parcours judiciaire aux États-Unis

D’après l’ICE, Wisteguens Jean Quely Charles est entré légalement aux États-Unis le 13 juillet 2013 à Miami. Il aurait par la suite violé les conditions de son admission, le plaçant en situation irrégulière.

Entre le 16 août 2022 et le 14 août 2024, il a été arrêté, inculpé et condamné à 17 reprises pour une série d’infractions criminelles, parmi lesquelles :

Possession de stupéfiants et possession avec intention de distribution ;

Distribution de substances contrôlées ;

Introduction illégale (trespassing) ;

Port d’arme dangereuse (coup-de-poing américain) ;

Possession d’arme à feu et de munitions sans permis ;

Voies de fait avec arme dangereuse ;

Voies de fait simples ;

Résistance à l’arrestation.

Dans un communiqué publié en janvier 2025, Patricia H. Hyde, directrice par intérim du bureau de terrain de l’ICE à Boston, a déclaré : « M. Charles se trouve illégalement aux États-Unis et a constamment violé nos lois, causant des préjudices importants aux résidents du Massachusetts. ERO Boston ne tolérera pas la victimisation répétée de nos quartiers en Nouvelle-Angleterre. Nous poursuivrons notre mission consistant à appréhender ces délinquants étrangers en situation irrégulière et à les retirer de nos communautés. »

Une libération antérieure controversée

L’affaire soulève également des questions sur la coopération entre autorités locales et fédérales. En avril 2023, l’ICE avait émis un mandat de détention (detainer) visant Charles après l’une de ses arrestations. Pourtant, il a été libéré en octobre 2023 par la Norfolk House of Correction, dans le Massachusetts.

Dans un communiqué conjoint publié en janvier 2025, le bureau du shérif du comté de Norfolk et le shérif Patrick W. McDermott ont justifié cette décision : « Selon nos dossiers, l’ICE a indiqué qu’elle n’était pas en mesure d’effectuer la prise en charge. Nous ne pouvons pas violer le droit à une procédure régulière en maintenant une personne en détention au-delà de la durée légalement autorisée. Nous respectons pleinement la loi, dans les limites de notre compétence. »

Un contexte de durcissement migratoire sous Trump

Cette affaire s’inscrit dans un contexte de renforcement marqué des opérations de l’ICE depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en 2025. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a ainsi annoncé le 19 janvier qu’environ 10 000 immigrés en situation irrégulière avec un casier judiciaire avaient été arrêtés à l’échelle nationale, notamment dans le cadre d’opérations ciblées comme « Metro Surge » lancée début décembre dans le Minnesota.

« Au cours des six dernières semaines, nos courageux agents des forces de l’ordre du DHS ont arrêté 3 000 immigrés clandestins criminels, y compris des meurtriers, des violeurs, des pédocriminels et des individus extrêmement dangereux », a-t-elle écrit sur X. « Une énorme victoire pour la sécurité publique. »

Une affaire sensible pour la communauté haïtienne

Si les autorités mettent en avant la dangerosité du profil criminel de Charles, l’affaire demeure sensible au sein de la communauté haïtienne aux États-Unis, souvent préoccupée par les amalgames et l’impact de tels dossiers médiatisés sur l’ensemble des immigrés respectueux des lois.

Le maintien en détention prolongée de Wisteguens Jean Quely Charles, malgré un ordre d’expulsion, illustre également les complexités procédurales du système migratoire américain, où les recours juridiques peuvent considérablement retarder l’exécution d’un renvoi, et ce dans un climat politique marqué par une application stricte des lois sur l’immigration.

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