Port-au-Prince, vendredi 30 janvier 2026_En Haïti, la violence armée et l’effondrement des institutions publiques ont transformé les femmes et les filles en cibles permanentes. C’est que révèle un rapport glaçant publié mercredi par l’organisation médicale internationale Médecins sans frontières (MSF)
Depuis dix ans, la clinique Pran Men’m, soutenue par Médecins Sans Frontières, a pris en charge 16 999 survivantes et survivants de violences sexuelles et sexistes (VSS), selon le rapport du Msf publié.
Rien que entre janvier et septembre 2025, 2 300 personnes ont été accueillies, illustrant l’ampleur d’une crise qui ne cesse de s’aggraver.
Depuis 2022, le nombre de patientes et patients pris en charge a triplé, directement lié à l’intensification des affrontements armés et à l’augmentation des violences domestiques, a déclaré Diana Manilla Arroyo, responsable des programmes de MSF en Haïti, lors de la présentation du rapport à la presse.
Depuis 2022, 57 % des survivant·e·s ont été agressé·e·s par des membres de groupes armés .
58 % ont subi des agressions collectives, en moyenne par trois auteurs ; plus de 100 survivant·e·s ont été agressé·e·s par dix auteurs ou plus, toujours d’après Diana Manilla Arroyo.
Comme exemple cité dans le rapport, une survivante de 41 ans qui explique: » C’était vraiment une tragédie. J’ai dû fuir ma maison sans rien. Quand je suis retournée chez moi pour récupérer des vêtements pour mes enfants, je suis tombée sur un homme armé qui se tenait là, dans le couloir. Tout de suite, il a appelé un groupe d’hommes armés qui l’ont rejoint. Ils m’ont violée, battue et menacé de me tuer. Je ne savais pas si j’en sortirais vivante, j’ai pensé à mes enfants. Heureusement, j’ai eu la vie sauve. »
Une autre survivante de 53 ans explique dans le rapport » Ils m’ont battue et cassé les dents… Trois jeunes qui pourraient être mes enfants… Quand j’ai refusé de coucher avec eux, ils m’ont frappée et je suis tombée. Pendant que je luttais, ils m’ont donné des coups dans le dos qui me font encore mal, des mois plus tard. Après m’avoir violée, ils ont violé ma fille… et battu mon mari. [Ma fille] ne voulait pas aller à l’hôpital… Elle ne voulait pas que ça se sache ni subir de stigmatisations »
Les incidents impliquant des armes à feu ont plus que doublé ; les menaces de mort ont plus que triplé ; les violences lors d’attaques visant des familles ou des communautés entières ont été multipliées presque par cinq, détaille le rapport.
La crise sécuritaire a provoqué des déplacements massifs.
Depuis 2022, le nombre de survivant·e·s déplacé·e·s pris·e·s en charge a été multiplié par vingt, et 68 % des patient·e·s ayant bénéficié de services d’aide entre janvier et septembre 2025 étaient des personnes déplacées.
Depuis 2020, près de 20 % des patient·e·s ont déclaré avoir subi des violences sexuelles à plusieurs reprises, soulignant un cycle de violence qui se répète.
En même temps, l’accès aux soins reste extrêmement limité.
Depuis 2022, seulement un tiers des survivant·e·s arrivent à la clinique dans les trois jours suivant l’agression, et 41 % dans les cinq jours.
Ces retards ont des conséquences graves : 67 % n’ont pas pu bénéficier d’un traitement post-exposition pour prévenir le VIH et 59 % n’ont pas pu éviter une grossesse non désirée.
Avant 2022, près des deux tiers des patient·e·s consultaient dans les trois jours, et 72 % dans les cinq jours.
Les violences sexuelles sont désormais utilisées comme une arme de guerre sociale. Elles ciblent principalement les femmes et les filles, s’inscrivent dans des attaques collectives et sont souvent accompagnées d’armes à feu et de menaces de mort.
Ce phénomène traduit l’effondrement simultané du système de sécurité, du système judiciaire, du système de santé et des infrastructures publiques.
Face à cette situation, MSF appelle à une réponse coordonnée et urgente : le gouvernement haïtien, les organisations humanitaires, les bailleurs de fonds, les agences des Nations unies et les forces de sécurité doivent agir.
L’organisation demande l’accès gratuit aux soins médicaux et psychosociaux, la formation du personnel de santé et de justice, la création d’une ligne d’assistance 24h/24, la reconnaissance juridique des certificats médicaux et la lutte contre la stigmatisation.
Sans une action forte, les femmes et les filles continueront de payer le prix le plus élevé de la violence en Haïti, indique le rapport .


