Un jeune Haïtien abattu à la frontière haïtiano-dominicaine, symbole d’une tension chronique

Darbouze Figaro

Dans la fraîcheur matinale du lundi 29 décembre 2025, à Ouanaminthe, ville frontalière du département du Nord-Est d’Haïti, un coup de feu a retenti, rompant le calme précaire de la zone. Il a coûté la vie à un jeune homme haïtien, dont le corps sans vie a été retrouvé dans une rivière à la frontière haïtiano-dominicaine. Selon les premiers récits, un soldat dominicain serait à l’origine des tirs, ouvrant un nouveau chapitre tragique dans l’histoire déjà douloureuse de cette frontière.

L’incident, dont les circonstances exactes demeurent opaques, s’est produit dans un secteur notoirement dangereux. Cette zone est régulièrement le théâtre de tentatives de passage clandestin par des Haïtiens cherchant à contourner les dispositifs de sécurité dominicains, souvent renforcés. Alertée, la famille de la victime s’est précipitée sur les lieux, créant une situation de forte tension, observée par de nombreux riverains émus et indignés. Des agents de la Brigade de Sécurité des Aires Protégées (BSAP) ont dû être déployés pour sécuriser les environs en attendant l’arrivée des autorités judiciaires.

Les déclarations d’un responsable du Conseil d’Administration de la Section Communale (CASEC) ajoutent une dimension macabre à ce drame. Il a révélé qu’il s’agissait du quatrième corps retrouvé dans ce même secteur depuis le début de l’année 2025, illustrant une mortalité endémique liée aux activités frontalières. Les premières hypothèses des autorités locales évoquent une « affaire » ou un « deal » qui aurait mal tourné, sans toutefois que cette piste ne soit officiellement confirmée.

Cet événement ne peut être dissocié du climat de tension extrême qui caractérise actuellement les relations entre Port-au-Prince et Saint-Domingue. Depuis plusieurs mois, une série de décisions radicales prises par le président dominicain, Luis Abinader, a considérablement durci la politique envers les Haïtiens. La construction unilatérale d’un mur frontalier, la suspension de la délivrance de visas, et des déclarations publiques fermes sur la souveraineté et la sécurité ont créé un environnement hostile.

Cette politique se matérialise quotidiennement par des vagues massives et souvent expéditives de rapatriements. Des milliers d’Haïtiens, y compris des femmes enceintes, des enfants, sont régulièrement expulsés par les autorités dominicaines. Ces opérations, menées parfois sans un examen individuel des situations, sont dénoncées par des organisations de défense des droits humains comme violant les droits fondamentaux des migrants, ainsi que les traités et conventions internationaux relatifs à la migration, dont la République dominicaine est pourtant signataire.

Dans ce contexte, la frontière est devenue une zone de friction permanente. Les forces militaires dominicaines, déployées en nombre, font face à une pression constante liée à la crise politique, sécuritaire et humanitaire en Haïti, qui pousse de nombreux citoyens à tenter le passage, souvent au péril de leur vie. Chaque incident, comme celui de Ouanaminthe, risque d’enflammer les passions des deux côtés de la rivière.

Ce drame relance avec acuité les débats sur la gestion sécuritaire de la frontière, les protocoles d’engagement des militaires, et la nécessité d’une approche régionale et humaine de la migration. Il met en lumière le sort des communautés frontalières, prises en étau entre la violence des gangs en Haïti et la rigueur des politiques de contrôle dominicaines.

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