Transition haïtienne: l’OIDG dénonce les querelles de pouvoir et exige un sursaut patriotique

Darbouze Figaro
Categories: Haïti Politique

L’Observatoire International pour la Démocratie et la Gouvernance (OIDG) exprime son « extrême préoccupation » face au déchirement des deux branches de l’exécutif haïtien pour la conservation du pouvoir. L’organisation met en garde contre les conséquences dramatiques de ces luttes intestines sur une population déjà exsangue, et dresse un constat d’échec « sans appel » du Conseil présidentiel de transition (CPT) et de son gouvernement à quelques jours seulement de la fin de leur mandat, le 7 février 2026.

« Dans cette situation, c’est la population haïtienne qui paie les frais de ces querelles », assène le président de l’OIDG, le sociologue Amboise Guillaume, dans une note de conjoncture publié dans la soirée du samedi 24 janvier 2026.

L’Observatoire rappelle avec force que la légitimité du pouvoir actuel découle exclusivement de l’Accord du 3 avril 2024, dont la vision était pourtant claire : « la réconciliation de l’État Nation, le retour à l’ordre constitutionnel et la défense des intérêts d’Haïti ». Au lieu de cela, l’OIDG constate amèrement que la première République noire indépendante, par ses dirigeants, s’offre encore une fois en spectacle à la face du monde.,

Cinq axes, cinq échecs

La note de l’OIDG procède à une évaluation cinglante de l’action du CPT au regard des cinq chantiers prioritaires définis par l’article 17 de l’Accord fondateur :

La sécurité publique et nationale : La situation sécuritaire reste catastrophique, avec les gangs contrôlant une large partie de la capitale et terrorisant la population.

Le redressement économique et la sécurité alimentaire : L’économie est à l’arrêt, l’inflation galopante et la famine menace des millions de personnes.

La conférence nationale et la question constitutionnelle : Aucun dialogue national inclusif n’a été engagé sur l’avenir institutionnel du pays.

L’État de droit et la justice : L’impunité reste la règle, et le système judiciaire est paralysé.

Les élections : malgré la publication du décret électoral et d’un calendrier électoral par le Conseil électoral provisoire, les avancées enregistrée dans ce domaine laissent la population perplexe sur la possibilité d’un scrutin crédible pour renouveler les dirigeants.

Face à ce bilan, l’OIDG estime que le constat est sans équivoque.

La publication de cette note intervient dans un contexte de crise aiguë au sommet de l’État. L’OIDG réagit explicitement à la récente tentative de cinq membres du CPT de révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils, à peine deux semaines avant l’expiration de leur propre mandat. Une manœuvre qui a provoqué une opposition ferme du coordonnateur du CPT et, surtout, de la communauté internationale. Les États-Unis et le Canada ont brandi la menace de sanctions contre les signataires de cette résolution, plongeant le pays dans une nouvelle incertitude institutionnelle.

Face à ce chaos, l’OIDG presse les acteurs haïtiens d’opérer un « sursaut patriotique ». L’Observatoire appelle de ses vœux la tenue de « véritables consultations sur des bases objectives, reflétant la vision générale de tous les acteurs et de toutes les forces vives de la nation, notamment la société civile et la diaspora haïtienne », pour définir les mécanismes qui succéderont au CPT.

Cette position s’inscrit dans la continuité des engagements de l’OIDG, qui plaide de longue date pour une sortie de crise structurelle. L’Observatoire a ainsi multiplié les initiatives en faveur de la signature d’un « Pacte de Gouvernabilité » pour les 25 prochaines années. Pour l’OIDG, seule une feuille de route consensuelle et de long terme, ancrée dans un accord national dépassant les intérêts partisans immédiats, peut permettre à Haïti de sortir du cycle infernal des crises politiques et de poser les bases d’un État stable et au service de son peuple.

Alors que le compte à rebours vers le 7 février a commencé, le message de l’OIDG est clair : il est plus que temps pour les dirigeants de mettre de côté leurs ambitions personnelles et de se concentrer sur les véritables enjeux qui prennent en compte l’intérêt national et le bien commun.

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