Face à l’échéance du 7 février marquant la fin théorique du mandat du Conseil présidentiel de transition, une coalition de partis et d’organisations civiles propose le président de la Cour de cassation, le juge Jean Joseph Lebrun, comme président provisoire. Cette initiative, fondée sur l’article 149 de la Constitution, vise à prévenir un vide de pouvoir mais se heurte à de vives contestations internes et à une divergence de vue avec une partie de la communauté internationale, qui soutient le Premier ministre sortant.
Plusieurs regroupements politiques et organisations de la société civile, signataires d’un protocole d’accord le 14 janvier dernier, ont annoncé ce lundi 2 février le choix du président de la Cour de cassation, le juge Jean Joseph Lebrun, pour assumer la présidence provisoire de la transition après l’échéance du 7 février.
Cette coalition avait mis en place une commission spéciale composée de Gina Guillet Delatour, Me Annibal Coffy, Me Jean Renel Sénatus, Jeantel Joseph et Jonas Coffy. Réunie durant le week-end, cette commission a mené des démarches visant à proposer une issue constitutionnelle à la crise et à prévenir des tensions liées à la fin du mandat du CPT.
Lundi, la commission s’est rendue au bureau du juge Lebrun pour solliciter formellement l’application de l’article 149 de la Constitution, qui définit les mécanismes de suppléance en cas de vacance du pouvoir exécutif. Les commissaires ont rapporté que, après examen, le magistrat a estimé que le contexte actuel « appelle les institutions et les citoyens à assumer leurs responsabilités », évoquant la nécessité de répondre à « l’appel de l’histoire ». Il a qualifié la démarche de « légitime et nécessaire ».
Parmi les groupes politiques à l’origine de cette initiative figurent notamment l’Initiative 24 avril, l’Opposition plurielle, les Démocrates engagés pour une Haïti forte et inclusive (DEHFI) et l’Accord Karibe.
Cependant, cette proposition ne fait pas l’unanimité. Le Consensus Politique pour le Redressement National et la Réorientation de la Transition, qui revendique plus de 200 partis et organisations, a publié un communiqué pour dénoncer une désignation qu’il juge « expéditive et opaque ». Tout en soutenant le principe qu’un juge de la Cour de cassation puisse diriger la transition, ce collectif met en garde contre toute décision prise en dehors d’un « cadre concerté et inclusif » et appelle à la vigilance face aux « intérêts personnels ou partisans ».
La faisabilité même de cette transition institutionnelle reste incertaine. Une question centrale se pose : ces structures auront-elles la capacité de faire installer le juge Lebrun à la Villa d’accueil dès le 7 février, en remplacement du CPT ?
Cette perspective se heurte en effet à la position d’une frange influente de la communauté internationale, notamment les États-Unis, qui ont clairement exprimé leur soutien au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour achever la transition. Cette divergence fondamentale entre une solution constitutionnelle portée par des acteurs politiques nationaux et le scénario privilégié par des partenaires internationaux ajoute une couche de complexité à la crise et laisse présager de nouvelles tensions à l’approche de l’échéance.


