Une haute responsable de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) a confirmé dans une déclaration sous serment que le département de la Sécurité intérieure aurait pris des mesures pour expulser les bénéficiaires haïtiens du Statut de protection temporaire (TPS) si la décision de la juge Ana C. Reyes n’avait pas suspendu la révocation du programme.
Cette déclaration, déposée mardi 10 février 2026 devant le tribunal fédéral du district de Columbia dans le cadre de l’affaire Miot et al. v. Trump et al., apporte un éclairage inédit sur les intentions de l’administration Trump concernant les bénéficiaires haïtiens du TPS.
Liana J. Castano, directrice adjointe des opérations sur le terrain au sein de l’Enforcement and Removal Operations (ERO) de l’ICE, a signé cette déclaration sous peine de parjure.
Dans ce document de deux pages référencé comme Document 129 dans le registre du tribunal, Castano affirme sans équivoque : « Le DHS n’a pas pris de mesures pour faire appliquer la révocation de la désignation TPS d’Haïti le 3 février 2026, parce que la révocation a été suspendue. Cependant, si la révocation n’avait pas été suspendue, le DHS aurait agi pour faire appliquer les lois sur l’immigration à la lumière de la révocation, tout comme il a agi pour faire appliquer les lois sur l’immigration contre d’anciens bénéficiaires du TPS sur la base d’autres révocations. »
Cette admission confirme les craintes exprimées par les défenseurs des droits des immigrants et les élus démocrates, qui avaient averti que la fin du TPS exposerait immédiatement des centaines de milliers d’Haïtiens à l’expulsion.
Des opérations quotidiennes à Springfield et en Floride du Sud
La déclaration de Castano aborde également les rumeurs qui circulaient dans la communauté haïtienne concernant des opérations ciblées de l’ICE dans les zones à forte concentration de bénéficiaires haïtiens du TPS.
« Je n’ai pas connaissance que le DHS ait planifié des actions spécifiques pour mobiliser des membres de l’Immigration and Customs Enforcement dans des zones fortement peuplées de bénéficiaires haïtiens du TPS en prévision de la révocation de la désignation TPS d’Haïti le 3 février 2026 », écrit Castano.
Elle a toutefois indiqué que « l’ICE est engagé dans des activités d’application de la loi quotidiennes à travers le pays dans divers endroits, y compris mais sans s’y limiter, Springfield, Ohio et le sud de la Floride ».
Cette mention spécifique de Springfield, Ohio et du sud de la Floride — deux régions qui abritent d’importantes communautés haïtiennes — n’est pas passée inaperçue. Springfield compte entre 10 000 et 15 000 immigrants haïtiens, tandis que la Floride abrite la plus grande communauté haïtienne des États-Unis.
Dans sa déclaration, Castano justifie les opérations de l’ICE en invoquant la sécurité nationale et la sécurité publique.
« Les opérations de l’ICE ciblent ceux qui peuvent être expulsés du pays, quelle que soit leur nationalité, avec l’objectif final de faire appliquer les lois sur l’immigration pour préserver la sécurité nationale et la sécurité publique des États-Unis », affirme-t-elle.
Cette formulation reprend la rhétorique habituelle de l’administration Trump, qui présente les opérations d’immigration comme une question de sécurité nationale plutôt que comme une politique ciblant des communautés spécifiques.
Dans sa déclaration, Liana Castano a fourni des précisions sur son rôle au DHS en tant que directrice adjointe des opérations sur le terrain depuis le 14 juillet 2025 à titre temporaire, puis depuis le 2 novembre 2025 à titre permanent.
« J’ai commencé mon emploi à l’ICE en 2006 et j’ai occupé plusieurs postes de direction au sein de l’ERO, notamment directrice adjointe par intérim de la division des expulsions, directrice adjointe de la division des systèmes d’application de la loi et d’analyse, et directrice du bureau de terrain de Washington », précise-t-elle dans sa déclaration.
En tant que directrice adjointe des opérations sur le terrain, Castano « gère les 25 bureaux de terrain de l’ERO ainsi que les programmes et initiatives visant à identifier, arrêter, poursuivre et expulser les étrangers expulsables à l’échelle nationale ».
Cette déclaration a été déposée dans le cadre de l’affaire Miot et al. v. Trump et al. (Dossier civil No. 25-cv-02471-ACR), dans laquelle cinq ressortissants haïtiens contestent la décision de l’administration Trump de mettre fin au TPS pour Haïti.
Castano indique qu’elle « a connaissance du procès susmentionné et de l’ordonnance sommaire du tribunal de district datée du 2 février 2026 ». Elle précise que sa déclaration « est basée sur sa connaissance personnelle et professionnelle et sur des informations, croyances, enquêtes raisonnables et examen d’informations obtenues à partir de divers dossiers, systèmes, bases de données et d’autres employés de l’ICE ».
Les implications pour la communauté haïtienne
Cette déclaration sous serment confirme ce que beaucoup craignaient : sans l’intervention de la juge Reyes, les bénéficiaires haïtiens du TPS auraient été immédiatement exposés à des mesures d’expulsion.
La députée Ayanna Pressley, coprésidente du Caucus haïtien à la Chambre des représentants, avait averti que « si le TPS n’est pas prolongé, nous savons que cela mettra la communauté haïtienne directement dans la ligne de mire comme cibles de l’agence voyou et raciste qu’est l’ICE ».
La déclaration de Castano semble valider ces préoccupations, tout en maintenant que les opérations de l’ICE ne ciblent pas spécifiquement les Haïtiens mais visent « ceux qui peuvent être expulsés du pays, quelle que soit leur nationalité ».
Une audience est prévue jeudi 12 février à 10 heures devant la juge Reyes, où les deux parties présenteront leurs arguments alors que l’affaire se dirige potentiellement vers les plus hautes juridictions du pays.
La déclaration de Liana Castano, signée à Washington, D.C. le 10 février 2026, restera comme un témoignage documenté des intentions de l’administration Trump envers les bénéficiaires haïtiens du TPS — et de ce qui aurait pu se passer sans l’intervention judiciaire du 2 février.
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