« Si je n’avais pas été élu président, il n’y aurait plus personne en Haïti »: La phrase de Donald Trump qui pourrait jouer en faveur des bénéficiaires haïtiens du statut de protection temporaire au tribunal à Washssington D.C.
Nouveau développement dans l’affaire du Statut de Protection Temporaire des immigrants haïtiens. La juge Ana C. Reyes a annoncé son intention d’utiliser comme preuve un discours du président Donald Trump prononcé lors de la conférence CPAC pour examiner les allégations de discrimination avancées par les plaignants.
Dans une ordonnance signée le 27 janvier 2026, la juge du tribunal fédéral du district de Columbia a informé les parties qu’elle entend prendre connaissance judiciaire d’une vidéo archivée par C-SPAN.
Il s’agit d’un discours prononcé par le président Trump lors de la Conservative Political Action Conference (CPAC) le 22 février 2025.
La juge Reyes envisage d’utiliser ce discours dans le cadre de l’examen de la réclamation des plaignants fondée sur la clause de protection égale de la Constitution américaine. Cette clause, inscrite dans le 14e amendement, interdit au gouvernement de traiter différemment des personnes se trouvant dans des situations similaires sans justification légitime.
Dans ce discours, le président Trump avait déclaré : « Si je n’avais pas été élu président, il n’y aurait plus personne en Haïti ». Le président avait poursuivi : « Cette semaine, j’ai également annulé le statut de protection temporaire pour les migrants d’Haïti. Ils déferlent dans notre pays, ils déferlent ». Il avait également ajouté: Ils [les immigrants] déferlaient à des niveaux [sans précédent], en provenance d’autres pays aussi, de toute l’Afrique, du Congo, de toute l’Amérique du Sud. Et ils venaient de prisons et d’institutions psychiatriques et d’asiles d’aliénés, de geôles et de membres de gangs. »
Les deux parties ont jusqu’au 29 janvier 2026 pour soumettre toute réponse concernant l’intention de la juge d’utiliser cette source.
Une décision lourde de sens
Cette annonce est significative car elle suggère que la juge considère les déclarations publiques du président comme potentiellement pertinentes pour déterminer si la décision de mettre fin au TPS haïtien était motivée par des considérations discriminatoires.
Les propos tenus par le président Trump lors de la CPAC, dans lesquels il associe les immigrants haïtiens à des personnes provenant de prisons, d’institutions psychiatriques et de gangs, pourraient être interprétés comme révélateurs d’une intention discriminatoire plutôt que d’une évaluation objective des conditions humanitaires en Haïti.
Les plaignants soutiennent depuis le début de la procédure que la décision annoncée le 28 novembre 2025 n’était pas fondée sur les critères humanitaires prévus par la loi, mais plutôt sur des motivations politiques et potentiellement discriminatoires.
En choisissant d’examiner un discours prononcé par le président lui-même, la juge Reyes ouvre la porte à une analyse des intentions derrière la politique d’immigration de l’administration Trump concernant Haïti.
La juge exprime sa frustration face aux parties
Dans la même ordonnance, la juge Reyes a exprimé son mécontentement face au déroulement de la procédure de découverte.
Après avoir examiné le rapport conjoint soumis par les parties, elle a ordonné aux deux camps de déposer un nouveau rapport conjoint au plus tard le 29 janvier 2026 à 17 heures.
La magistrate a prévenu que si les parties indiquent dans ce rapport qu’elles n’ont toujours pas résolu leurs différends concernant les termes de recherche, ou si elles requièrent l’intervention du tribunal, elle tiendra une conférence vidéo le vendredi 30 janvier 2026 à 10h30.
La juge a rappelé qu’elle avait déjà averti les parties qu’elle souhaitait qu’elles résolvent leurs différends entre elles. Elle a déclaré qu’elle serait » considérablement irritée » si, au lieu de travailler de manière coopérative sur la découverte, les parties l’obligeaient à tenir la conférence prévue le 30 janvier.
Cette frustration de la juge s’inscrit dans un contexte de tensions procédurales qui ont marqué cette affaire. Le 23 janvier 2026, la juge Reyes avait partiellement accordé la demande de découverte des plaignants, tout en imposant des restrictions strictes.
Elle avait alors clarifié que les plaignants pouvaient poursuivre une découverte portant à la fois sur leurs réclamations en vertu de la loi sur la procédure administrative (APA) et sur leurs réclamations constitutionnelles. Toutefois, elle avait insisté sur le fait que la découverte devrait procéder « étape par étape et de manière étroite ».
Dans cette phase initiale, les plaignants devaient identifier seulement deux dépositaires de documents et définir des termes de recherche restreints.
Les arguments des plaignants
Les plaignants Rudolph Civil, Vilbrun Dorsainvil, Marica Merline Laguerre, Fritz Emmanuel Lesly Miot et Marlene Gail Noble, représentés notamment par l’ACLU, avancent plusieurs arguments pour contester la légalité de la décision de l’administration Trump.
Ils soutiennent que des conseillers politiques, dont Corey Lewandowski, auraient influencé le processus décisionnel, ce qui suggérerait une motivation partisane. En liant ce rôle présumé à la norme « arbitraire et capricieuse » de la loi sur la procédure administrative, les plaignants cherchent à démontrer que la décision n’était pas fondée sur des justifications raisonnables.
Ils pointent également une divergence entre les rapports sur les conditions réelles en Haïti et la décision finale. Des informations indiquent que les analystes ayant rédigé la note de décision finale n’auraient pas participé à la rédaction des rapports sur l’instabilité qui règne dans le pays caribéen.
Ces développements interviennent alors que la date d’expiration du TPS haïtien approche. Le statut doit expirer le 3 février 2026, soit dans moins d’une semaine.
Sans intervention judiciaire, plus de 350 000 ressortissants haïtiens perdront leur autorisation de travail et leur protection contre l’expulsion. Selon les données citées par la juge Reyes, le nombre de bénéficiaires pourrait atteindre plus de 560 000 personnes.
Parallèlement à l’affaire de Washington, une procédure se déroule en Californie. La magistrate Sallie Kim a ordonné au gouvernement de produire l’ensemble des documents requis d’ici le 17 février 2026 dans l’affaire National TPS Alliance v. Noem.
Sur le front législatif, la députée démocrate Ayanna Pressley, coprésidente du Caucus haïtien au Congrès, a déposé une pétition de décharge visant à forcer un vote sur la prolongation du TPS. Lors d’une conférence de presse au Congrès, plusieurs parlementaires démocrates ont dénoncé la décision de l’administration Trump.
La bataille se poursuit donc sur plusieurs fronts — judiciaire, législatif et maintenant potentiellement sur le terrain des déclarations publiques du président lui-même. L’intention de la juge Reyes d’examiner le discours de Trump à la CPAC pourrait constituer un tournant dans cette affaire, en permettant aux plaignants de démontrer que la décision de mettre fin au TPS haïtien était motivée par des considérations autres que celles prévues par la loi.



