Retour de la CARICOM : Fils-Aimé mise sur la sécurité et l’unité pour sortir Haïti de la crise

Darbouze Figaro

De retour jeudi de la 50e Réunion de la CARICOM jugée cruciale pour l’avenir de son pays, le Premier ministre haïtien  Alix Didier Fils-Aimé a livré un message clair : la communauté internationale est prête à soutenir Haïti, mais c’est à Port-au-Prince que doit venir l’impulsion décisive.

Sous le thème « Aller au-delà des paroles : agir aujourd’hui pour une CARICOM prospère et durable », ce sommet, qui s’est tenu à Saint-Kitts-et-Nevis, a servi de caisse de résonance aux crises haïtiennes. Pour M. Fils-Aimé, l’heure n’est plus aux diagnostics, mais à l’exécution. « Nous avons dépassé le stade des constats. Aujourd’hui, nos partenaires attendent de nous des actions concrètes, et nous en attendons d’eux un soutien tangible », a-t-il déclaré, entouré de membres clés du gouvernement et de responsables de la chaine sécuritaire.

Au point de presse donné au Salon diplomatique de l’Aéroport international Toussaint Louverture, la présence du Commandant en chef par intérim de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des représentants des Forces armées d’Haïti (FAd’H) aux côtés du Premier ministre n’était pas anodine. Elle illustre la priorité numéro un du gouvernement : la sécurité.

Fils-Aimé a été clair : la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national est le prérequis indispensable à toute avancée démocratique. Il a rappelé que l’organisation d’élections générales libres, inclusives et crédibles ne pourra se faire que dans un environnement où les citoyens et les candidats ne sont pas sous la menace des groupes armés. Il a profité de cette tribune pour remercier les États-Unis et les autres partenaires pour leur appui logistique et stratégique dans la mise en place de la Force de Répression des Gangs (FRG) , une unité spéciale destinée à inverser le rapport de force dans les zones sous contrôle des gangs.

Au-delàs des défis sécuritaires immédiats, le Chef du Gouvernement a mis en avant ce qu’il considère comme une avancée politique majeure : la signature du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. Selon lui, le fait que plus de 200 partis politiques, organisations socio-économiques et acteurs de la société civile aient paraphé ce document a été « favorablement accueilli » par les dirigeants de la CARICOM.

À Basse-Terre (Saint Kitts et Nevis), le Premier ministre a mené une offensive diplomatique tous azimuts. Ses entretiens bilatéraux ont notamment porté sur la recherche d’un soutien opérationnel et financier accru :

Avec le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, les discussions ont confirmé l’engagement de Washington à poursuivre l’appui à la PNH et à la FRG.

Avec le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness, également Président de la CARICOM, il a été question de renforcer la coopération bilatérale. Un point saillant de ces échanges a été la perspective de réouverture prochaine de l’Ambassade d’Haïti à Kingston, fermée depuis plusieurs années. Cette réouverture symboliserait la normalisation des relations et permettrait une coordination accrue dans la lutte contre le trafic illicite, notamment dans les eaux territoriales de la baie de Port-au-Prince.

La diplomatie haïtienne semble également vouloir diversifier ses sources d’appui. M. Fils-Aimé a révélé avoir eu des « échanges constructifs » avec des représentants des Émirats arabes unis, portant sur des « partenariats stratégiques » dans les domaines de la sécurité, mais aussi du contrôle financier et des investissements étrangers.

Sur le front humanitaire, le Premier ministre a annoncé une contribution de plus de deux millions de dollars accordée par la Finlande pour soutenir la réponse à la crise humanitaire qui frappe des milliers de déplacés. Par ailleurs, des discussions avec l’Autriche concernant l’octroi de bourses d’études pour des étudiants universitaires haïtiens ont été évoquées, ouvrant une perspective à plus long terme sur la formation de la jeunesse.

En conclusion de ce point de presse, le Chef du Gouvernement a lancé un appel solennel à l’unité. « La communauté internationale est à nos côtés, mais ce n’est pas elle qui votera dans les isoloirs ni qui reconstruira nos quartiers. C’est ensemble, Haïtiens unis, que nous y parviendrons », a-t-il insisté.

Alors que le pays reste confronté à une violence endémique et à une crise humanitaire aiguë, ce retour de la CARICOM marque une tentative de traduire les promesses diplomatiques en actes concrets sur le terrain. Le gouvernement Fils-Aimé joue désormais la montre face à un calendrier implicite : restaurer une sécurité suffisante pour permettre un processus électoral crédible, et ainsi éteindre l’incendie politique et sécuritaire qui ravage la nation.

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