Face à la politique migratoire ferme du président Luis Abinader, qui a valu à la République Dominicaine critiques internationales et surveillance accrue, la voix de l’Église catholique cherche un équilibre complexe. Lors d’un petit-déjeuner avec le journal dominicain Listín Diario le mardi 10 fevrier 2026, l’archevêque coadjuteur de Saint-Domingue, Monseigneur Carlos Tomás Morel Diplán, a tracé une ligne de crête : défendre le droit de l’État à faire respecter ses lois, tout en exigeant que cette application préserve inconditionnellement la dignité humaine.
« Les lois sur l’immigration doivent être respectées », a martelé le prélat, s’appuyant sur son expérience personnelle en Italie où il devait renouveler annuellement son permis de séjour. Pour lui, le problème n’est pas l’application de la loi en soi, mais la manière dont elle est parfois mise en œuvre. Il a dénoncé des moments de « persécution, d’attaque, de mauvais traitements » lors d’opérations, jugés « inacceptables ». « Il existe une procédure, un protocole à suivre pour expulser une personne sans avoir à la maltraiter ni à porter atteinte à sa dignité », a-t-il insisté.
Dans l’intervalle, le président de l’Observatoire des politiques migratoires (OPM), Miguel Franjul, cité par listin diario, a annoncé qu’à compter du jeudi 12 février, le grand public pourra surveiller les entités militaires chargées, par décret légal et exécutif, de détenir les immigrants sans papiers enregistrés en République dominicaine.
M. Franjul a révélé que les citoyens auront la possibilité de consulter sur un site web les données relatives à l’application des mesures ordonnées par le président Abinader.
Son plaidoyer pour un cadre humain s’étend au domaine de la santé. Il a évoqué le sort des femmes haïtiennes en travail, parfois refusées dans les hôpitaux publics « en raison de leur couleur ou de leur langue ». Tout en reconnaissant les ajustements apportés au protocole strict annoncé en avril 2025 – exigeant pièce d’identité et preuve d’emploi – et en admettant l’existence de réseaux illégaux exploitant le système, il maintient que l’accès aux soins doit être garanti.
Cette position cherche à concilier deux réalités. D’un côté, Monseigneur Morel Diplán réaffirme le rôle pastoral de l’Église : « Nous assurons depuis de nombreuses années un ministère pastoral auprès des Haïtiens, accompagnant ceux qui sont déjà parmi nous et que nous devons accueillir, car nous ne pouvons persécuter personne. » De l’autre, il soutient la nécessité pour l’État dominicain de « maintenir l’ordre et l’équilibre » et de « préserver la sécurité du peuple dominicain » face à l’effondrement sécuritaire en Haïti. Il rappelle d’ailleurs que la communauté internationale, via l’ambassadeur des États-Unis, a reconnu les « limites des capacités » du pays à assumer la crise haïtienne.
Le message final de l’archevêque est un double rappel, résumant tout le dilemme : « Nous pouvons coopérer, aider le peuple haïtien autant que possible (…). Mais nous devons continuer à respecter les lois sur l’immigration et aussi respecter la dignité de ceux qui sont ici, ce qui est le plus important. »


