Renouvellement du programme HOPE/HELP: Le Congrès américain offre un sursis à l’industrie textile haïtienne

Darbouze Figaro

Dans un contexte de paralysie politique et d’insécurité généralisée, l’économie haïtienne vient de recevoir une nouvelle cruciale de Washington. La Chambre des représentants des États-Unis a adopté, par un vote serré de 217 voix contre 214, un projet de loi de finances rectificatif incluant le renouvellement jusqu’au 31 décembre 2026 des programmes commerciaux HOPE/HELP et de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Cette décision, attendue de longue date par les industriels et les autorités haïtiennes, assure une continuité rétroactive depuis septembre 2025 et évite une rupture brutale des chaînes d’exportation.

Les programmes HOPE/HELP (Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement / Haiti Economic Lift Program) sont des piliers historiques des relations commerciales entre Haïti et les États-Unis. Ils permettent aux produits textiles et vestimentaires fabriqués en Haïti de bénéficier d’un accès en franchise de droits et sans quota au marché américain, sous condition d’utilisation de matières premières provenant en partie des États-Unis ou de pays partenaires.

Pour Haïti, les enjeux sont considérables. Ce secteur représente la principale source d’exportations du pays et, surtout, l’un des plus gros pourvoyeurs d’emplois formels, avec des dizaines de milliers de postes directs.

L’Association des Industries d’Haïti (ADIH), qui a mené un intense plaidoyer avec les institutions publiques ces dernières années, a immédiatement salué le vote du Congrès. Dans un communiqué, elle y voit « le fruit d’un travail collectif soutenu, d’un dialogue constant et d’un engagement partagé en faveur de la préservation des emplois et de la stabilité économique du pays ». Le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) a également fait part de sa satisfaction, réaffirmant son engagement à « accompagner les acteurs du secteur productif afin de maximiser les retombées économiques de ces dispositifs ».

Une victoire en demi-teinte et le combat pour le long terme
Si le soulagement est palpable, la satisfaction est nuancée. En effet, l’ADIH et les autorités haïtiennes plaidaient initialement pour une extension d’au moins dix ans. La courte durée d’un an, bien que préférable à une expiration, maintient un climat d’incertitude dommageable pour les investisseurs.

« Bien que cette décision ne corresponde pas pleinement à la durée d’extension initialement souhaitée, l’ADIH demeure confiante qu’un plaidoyer renforcé permettra d’obtenir une prolongation d’au moins dix années », a déclaré l’association. Elle souligne qu’une telle visibilité à long terme est indispensable pour offrir de la prévisibilité aux investisseurs, encourager de nouveaux projets industriels, consolider la compétitivité du secteur et créer davantage d’emplois durables.

Le processus législatif américain, souvent imprévisible, a ajouté au suspense. Le vote, acquis de justesse et porté majoritairement par les élus républicains, ne nécessite cependant pas de nouveau passage devant le Sénat. Le texte devrait donc être promulgué par le président des États-Unis dans les prochains jours, scellant définitivement cette extension.

Cet acquis commercial survient à un moment où Haïti est en proie à une crise sécuritaire sans précédent, avec des gangs contrôlant une large partie de la capitale et des axes de communication. L’industrie textile, concentrée dans des zones relativement sécurisées et protégées, a jusqu’ici résisté, mais pâtit des difficultés logistiques et de l’image du pays.

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