Renforcement des capacités de la PNH : de nouveaux blindés, mais une crise sécuritaire toujours aiguë

Darbouze Figaro

La Police Nationale d’Haïti (PNH) a officiellement reçu, samedi 27 décembre 2025, un lot de vingt-cinq véhicules blindés offerts par le Bureau américain des Affaires Internationales relatives aux Stupéfiants et à l’Application de la Loi (INL). La cérémonie de réception, tenue à l’Autorité Portuaire Nationale (APN), s’est déroulée en présence du Commandant en chef de la PNH, M. André Jonas Vladimir Paraison, et des membres du Haut Commandement.

Selon la Direction de Communication de la Police (DICOP), ce don vise à « renforcer les capacités opérationnelles » de l’institution, à lui offrir « une mobilité mieux sécurisée sur les théâtres d’opération » et à faciliter « un déploiement tactique plus équilibré » sur le territoire. Le chef de la PNH a saisi l’occasion pour exprimer sa « reconnaissance envers le gouvernement américain pour son soutien constant », soulignant que cet appui logistique témoigne de l’engagement des partenaires internationaux à accompagner la police dans l’accomplissement de sa mission constitutionnelle.

Un contraste saisissant avec la réalité du terrain

Toutefois, cette livraison d’équipements survient dans un contexte sécuritaire national extrêmement tendu et toujours en dégradation. Alors que la PNH continue de recevoir du matériel, dont plusieurs lots importants ces derniers mois, la situation sur le terrain reste alarmante. Les gangs armés étendent leur emprise et commettent des exactions quotidiennes contre la population dans plusieurs régions, notamment dans l’Artibonite et la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Malgré quelques opérations ciblées, la population et la société civile expriment un sentiment d’abandon et d’impatience grandissant, réclamant des opérations d’envergure, coordonnées et durables pour déloger les groupes criminels, sécuriser les axes vitaux et rendre les quartiers à leurs habitants.

Le leadership de Paraison déjà sous pression

Cette attente place directement sous les projecteurs l’action du directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, installé il y a presque quatre mois à la tête de l’institution en remplacement de Rameau Normil. Ce dernier avait quitté ses fonctions sous une pluie de critiques pour son incapacité perçue à enrayer la crise sécuritaire.

Aujourd’hui, le constat populaire est sans appel : malgré les changements à la tête de la police et les livraisons d’équipements, l’insécurité règne toujours en maître. Beaucoup s’interrogent sur la stratégie réelle de la PNH et sur l’efficacité opérationnelle de ces nouveaux moyens. La question centrale demeure : ces blindés seront-ils déployés dans le cadre d’un plan clair et offensif pour reprendre le contrôle du pays, ou resteront-ils symboliques, insuffisants face à l’ampleur et à la sophistication des gangs ?

Les prochaines semaines seront déterminantes. La population haïtienne, épuisée par des années de violence, observe et attend des actes concrets. La réception de blindés est un signal positif de soutien international, mais elle ne suffira pas à restaurer la confiance. Seule une volonté politique et policière affirmée, traduite par des résultats tangibles sur le terrain, en attendant le déploiement effective de la nouvelle Force de répression des gangs (FRG), dont les premiers véritables contingents sont attendus au mois de janvier 2026, pourra commencer à inverser la courbe de l’insécurité et répondre aux attentes légitimes d’un peuple en souffrance.


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