Pour la deuxième fois, l’homme d’affaires haïtien Pierre Réginald Boulos a comparu, ce mardi 26 août 2025, devant le juge de l’immigration Jorge Pereira. Détenu au centre de traitement des services de Krome North, il est accusé par les autorités américaines d’avoir violé les lois sur l’immigration et d’avoir orchestré une « campagne de violence et de soutien aux gangs » visant à déstabiliser Haïti. Une affaire aux ramifications profondément politiques qui agite la communauté haïtienne et interroge sur les relations entre Washington et Port-au-Prince.
Une détention contestée devant les tribunaux fédéraux
L’arrestation choc de Pierre Réginald Boulos par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) le 17 juillet dernier continue de provoquer l’émoi. Selon le Miami Herald, avant l’audience, les avocats de M. Boulos ont intenté une action en justice contre le gouvernement américain devant un tribunal fédéral de Miami, contestant sa « détention illégale » et exigeant une justification de son maintien en rétention. La juge fédérale Beth Bloom a donné jusqu’au 2 septembre au Département de la Sécurité intérieure (DHS) pour expliquer pourquoi la requête de Boulos « ne devrait pas être accordée ».
Le cœur du débat judiciaire réside dans un point crucial : la nationalité américaine de Boulos. Selon son avocat, Richard Jurgens, dont les propos ont été rapportés par le Miami Herald, le Département d’État n’a pas respecté ses propres procédures lors de la révocation de sa citoyenneté en 2008. « Les documents fournis sont viciés et ne démontrent pas que le Département d’État a respecté ses propres règles concernant la renonciation », a-t-il plaidé. « Le Dr Boulos est toujours citoyen des États-Unis », a-t-il insisté, le rendant inexpulsable pour des motifs d’immigration.
Une position fermement rejetée par l’avocate du DHS, Gina Garrett-Jackson. Elle a affirmé que la question était « réglée », arguant que Boulos avait officiellement renoncé à sa citoyenneté à l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince en 2008. Pour preuve, elle a cité ses demandes de visa non-immigrant en 2020 et de statut de protection temporaire (TPS) en 2021, ainsi qu’une lettre du secrétaire d’État Marco Rubio le qualifiant « d’étranger expulsable ». « Le secrétaire d’État lui-même a pris cette décision après examen des preuves. C’est suffisant », a-t-elle déclaré.
Face à ce duel juridique, le juge Pereira a reconnu ne pas être expert en matière de citoyenneté, une question qu’il estime devoir être tranchée par un tribunal fédéral. Il a demandé aux parties de soumettre leurs arguments par écrit et a reporté sa décision sur une éventuelle expulsion à l’issue d’une nouvelle audience prévue le 22 septembre.
Un homme d’affaires et une figure politique dans la tourmente
Pierre Réginald Boulos est une figure incontournable et controversée de la scène politique et du secteur privé d’Haïti. Ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti, ce médecin et entrepreneur de 69 ans a fondé en 2019 le mouvement « MTV Haïti » (Mouvement pour la Transformation et la Valorisation d’Haïti), se présentant comme une « troisième voie » pour son pays.
Les autorités américaines l’accusent d’avoir collaboré avec l’organisation « Viv Ansanm » – qualifiée de terroriste par les États-Unis – pour mener une campagne de violence en Haïti. Il est également poursuivi pour fraude pour avoir omis de divulguer son implication politique dans sa demande de carte verte, un manquement présenté comme un motif grave d’expulsion.
Ses supporters dénoncent une machination politique. Pour eux, Boulos est un bouc émissaire, ciblé pour ses ambitions passées et ses critiques envers les gouvernements haïtiens.
Sa détention a galvanisé une partie de la diaspora. Devant le centre de Krome North, des dizaines de manifestants ont brandi des pancartes avertissant : « Si Boulos va en Haïti, il ne restera pas en prison. La justice en Haïti, ce sont les gangs ».
L’audience du 22 septembre s’annonce décisive. Le verdict rendu par le juge Pereira pourrait bien envoyer un message fort sur la tolérance zéro des États-Unis envers les figures étrangères accusées de violence, mais aussi sur les limites et les protections offertes par l’État de droit américain.
En attendant, Pierre Réginald Boulos reste incarcéré à Krome North, où chaque communication est surveillée. Son avenir, et l’écho de son cas bien au-delà de Miami, restent suspendus à la décision d’un juge.
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