Port-au-Prince , mercredi 28 janvier 2026 —Les États-Unis ont annoncé, ce mercredi, de nouvelles restrictions de visa visant trois hauts responsables haïtiens accusés de soutenir des gangs armés impliqués dans la déstabilisation du pays.
Selon un communiqué du Département d’État américain, les mesures concernent deux membres du Conseil présidentiel de transition ainsi qu’un membre du gouvernement haïtien.
Bien que le département d’Etat américain n’ait pas cité leurs noms, les trois sanctionnés seraient les Conseillers-présidents Smith Augustin et Leslie Voltaire ainsi que le ministre de l’économie et des finances Alfred Metellus, désigné comme Premier ministre a.i pour remplacer Alix Didier Fils-Aimé, selon des medias de la capitale citant des sources diplomatiques.
Les autorités américaines estiment que leurs actions ont facilité l’activité de gangs en Haïti, dont certains sont classés comme organisations terroristes étrangères.
Ces sanctions ont été prises en vertu de l’article 212(a)(3)(C) de l’Immigration and Nationality Act (INA), une disposition légale permettant aux États-Unis de refuser l’entrée sur leur territoire à toute personne dont la présence pourrait nuire gravement à leur politique étrangère.
En plus de l’interdiction de visa, Washington prévoit également la révocation de tout visa en cours de validité détenu par les personnes visées, ainsi que par les membres de leur famille immédiate.
Le Département d’État affirme que cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la lutte contre l’insécurité et à promouvoir la reddition de comptes en Haïti.
L’administration américaine a également averti qu’elle continuerait à prendre des mesures similaires contre toute personne contribuant à la déstabilisation d’Haïti et de la région.
Cette série de sanctions intervient dans un contexte de crise sécuritaire persistante en Haïti, où les gangs armés contrôlent plusieurs zones du pays et représentent une menace majeure pour la stabilité politique et sociale.
Ces sanctions surviennent également à quelques semaines de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, prévue le 7 février 2026, où le pouvoir de transition a tenté d’ouvrir un dialogue national à partir du 18 janvier, dans un contexte de fortes tensions politiques.
Mais le processus a rapidement été éclipsé par une crise interne au sein de l’exécutif transitoire haïtien.
Le 21 janvier 2026, cinq membres du Conseil présidentiel de transition, Fritz Jean, Edgard Leblanc Fils, Leslie Voltaire, Smith Augustin et Louis Gérald Gilles, ont adopté une résolution visant à révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Cette initiative s’est toutefois heurtée à une opposition frontale de la part non seulement du président du Conseil, Laurent Saint-Cyr, mais aussi de l’international avec en première les Etats-Unis et le Canada, ainsi que du secteur privé haïtien des groupes politiques haïtiens.
Face à ce front de refus, la résolution est restée lettre morte et Fils-Aimé conserve toujours son poste.
Quelques jours après l’adoption de la résolution, le Département d’État américain avait annoncé l’imposition de restrictions de visas et la révocation des visas de deux membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), Louis Gerald Gilles et Edgard Leblanc Fils, ainsi que de leurs conjoints et enfants.
Selon Washington, les deux conseillers sanctionnés seraient impliqués dans des activités liées aux gangs et à d’autres organisations criminelles en Haïti, notamment en entravant les efforts de lutte contre les groupes désignés comme organisations terroristes étrangères (OTE) par les États-Unis.
En novembre dernier, des mesures similaires avaient déjà visé Fritz Alphonse Jean, un autre membre du CPT, accusé par les États-Unis de soutenir des gangs.
Ce dernier, qui fait partie des cinq signataires de la résolution visant à révoquer le Premier ministre, avait catégoriquement rejeté ces accusations, affirmant que le Conseil cherchait au contraire à combattre les gangs et la corruption. Il avait également dénoncé des pressions diplomatiques, déclarant que des représentants américains et canadiens avaient menacé de sanctions si les membres du CPT ne renonçaient pas à certaines de leurs initiatives.


