Les immigrants haïtiens dans l’État du Massachusetts sont jusqu’à présent épargnés par la campagne de déportation massive de l’administration Trump 2.0.
Sur 2 157 personnes arrêtées jusqu’au 29 juillet, 28 % sont des Brésiliens, 17 % des Guatémaltèques et 13 % des Dominicains. Les Haïtiens ne figurent pas dans les statistiques publiées par le Département à la Sécurité intérieure, selon USA Today, qui n’a pas publié de données concernant les autres groupes d’immigrants, les statistiques n’étant pas jugées significatives.
Les Haïtiens représentent la troisième plus grande communauté d’immigrants dans la ville de Boston, capitale du Massachusetts, derrière respectivement les Brésiliens et les Dominicains.
Plus de la moitié des personnes arrêtées par les services américains d’immigration dans l’État de la Baie n’ont aucun casier judiciaire, selon ce qu’a révélé USA Today.
Sur 2 157 expulsions recensées l’an dernier, seulement 1 021 concernaient des personnes avec des antécédents criminels. Les autres étaient des immigrants sans casier judiciaire mais considérés comme en situation irrégulière.
Pour le DHS, la nuance est importante. L’agence a précisé que les « menaces à la sécurité publique » ne se limitaient pas aux seules condamnations criminelles, mais incluaient également des infractions à l’immigration ou des suspicions de dangerosité. « Notre priorité reste de protéger les communautés », a affirmé un porte-parole, insistant sur le fait que le travail des agents ne se limite pas à une lecture stricte des casiers judiciaires.
Cette justification ne convainc pas les défenseurs des droits des immigrés, qui y voient une stratégie de communication politique plus qu’une véritable politique ciblée.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président Donald Trump a multiplié les promesses en matière d’immigration, affirmant vouloir expulser « rapidement les criminels dangereux » afin de protéger les communautés américaines. Mais une analyse récente des données fédérales révèle un décalage saisissant entre ce discours offensif et la réalité constatée sur le terrain, notamment dans le Massachusetts.
Selon les chiffres obtenus auprès du Département de la Sécurité intérieure (DHS), moins de la moitié des expulsions effectuées en 2024 concernaient des individus ayant été condamnés pour des crimes ou délits. Cette proportion interroge d’autant plus que l’administration Trump avait fait de la lutte contre la criminalité un pilier central de sa politique migratoire.
Les critiques des défenseurs des droits
L’American Immigration Council, qui suit de près les données liées aux expulsions, dénonce ce qu’il considère comme une contradiction flagrante. « Quand on regarde les chiffres, une large majorité des personnes expulsées ne correspondent pas aux profils que l’administration met en avant dans ses discours », explique Jorge Loweree, directeur de la politique au sein de l’organisation, selon l’USAToday.
Selon lui, la rhétorique de l’administration Trump entretient volontairement la confusion entre immigration irrégulière et criminalité. « Cela alimente l’idée que tous les immigrants sans papiers représentent une menace, ce qui est non seulement inexact mais dangereux pour la cohésion sociale », poursuit-il.
Derrière ces statistiques se cachent aussi des réalités humaines souvent douloureuses. Dans plusieurs cas documentés au Massachusetts, des parents sans antécédents judiciaires ont été arrêtés lors de contrôles de routine et placés en détention en vue d’expulsion.
Des associations locales, comme la Massachusetts Immigrant and Refugee Advocacy Coalition (MIRA), dénoncent une politique qui déstabilise des familles entières et accentue la peur dans les quartiers. « Ce sont souvent des pères et des mères de famille qui travaillent, paient leurs impôts et participent à l’économie locale », déclare Elizabeth Sweet, directrice exécutive de MIRA. « Les séparer de leurs enfants ne rend personne plus en sécurité. »
Cette controverse dépasse le Massachusetts. À l’échelle nationale, environ 45 % seulement des expulsés en 2024 avaient un casier criminel, selon les données fédérales. Un chiffre qui fragilise la promesse présidentielle de cibler prioritairement « les pires des criminels ».
Malgré les critiques, Donald Trump continue de défendre sa politique, affirmant que son administration « agit plus fermement que jamais » pour contrôler l’immigration. Ses partisans, eux, estiment que la baisse relative des expulsions de criminels s’explique par des obstacles juridiques et par le manque de coopération de certains États dits « sanctuaires ».
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Source: www.telegram.com