Dans un communiqué de presse tranchant publié le 7 février 2026, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a vivement réagi à la diffusion sur les réseaux sociaux de quatre avis de recherche émis par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ). Ces avis ciblent des figures connues du paysage politique et administratif haïtien, suscitant une polémique immédiate sur leur légalité et leurs motivations sous-jacentes.
Les personnes visées sont Arnel Bélizaire, Ralph Youri Chevry, Smith Joseph et Edouard Julcène. Ils sont respectivement accusés de crimes graves allant du financement du terrorisme et du complot contre la sûreté de l’État au blanchiment d’argent, en passant par le trafic illégal d’armes. La DCPJ les considère tous comme « armés et dangereux », à l’exception de Smith Joseph. Cependant, le RNDDH conteste farouchement la légitimité de ces procédures, pointant du doigt des irrégularités flagrantes et une possible instrumentalisation politique de l’institution policière.
Des accusations qualifiées de « farce » et d’« arbitraires »
Le ton du RNDDH est particulièrement sévère concernant l’avis visant Arnel Bélizaire, décrit comme un « allié de la coalition terroriste Viv Ansanm ». L’organisation affirme que cet avis « constitue une farce », soulignant la proximité supposée entre Bélizaire et le commissaire divisionnaire Justin Marc, l’actuel directeur de la DCPJ. Le RNDDH rappelle que Bélizaire a eu « ses entrées au sein de l’institution » le 22 septembre 2025, jour où il a rendu visite à la détenue Magalie Habitant et réalisé un direct vidéo devant les locaux de la police judiciaire. Cette proximité présumée jette, selon l’organisation, un doute sérieux sur la sincérité des poursuites.
Pour les trois autres personnalités – Ralph Youri Chevry (désormais ex-président du Conseil municipal de Port-au-Prince), Smith Joseph (membre du cabinet de l’ex-conseiller-président Fritz Alphonse Jean) et Edouard Julcène (ancien directeur de l’Administration Générale des Douanes) – le RNDDH qualifie les avis de recherche d’« illégaux et arbitraires ». L’organisation accuse la DCPJ de chercher à « semer la confusion dans l’opinion publique » sans respecter les fondements procéduraux les plus élémentaires.
Le communiqué détaille plusieurs violations procédurales qui, selon le RNDDH, invalident ces avis de recherche :
Absence de notification des charges : La résidence de Ralph Youri Chevry a été perquisitionnée à deux reprises (en décembre 2025 et janvier 2026) sans que les motifs précis lui soient notifiés, alors qu’il était présent lors de la première intervention.
Absence de mandats préalables : Aucun des trois hommes n’a fait l’objet des mandats de comparution, d’amener ou d’arrêt requis par les articles du Code d’instruction criminelle (77 et suivants). Ils n’ont jamais été formellement invités par la DCPJ à s’expliquer.
Absence de fondement dans les rapports d’enquête : Leurs noms n’apparaîtraient dans aucun rapport de l’Unité Centrale de Renseignement Economique et Financier (UCREF) ou de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) concernant les crimes qui leur sont reprochés, notamment le financement du terrorisme et le blanchiment.
Le RNDDH rappelle avec force que le droit à la présomption d’innocence, à une notification claire des accusations et à un procès équitable sont des piliers inscrits tant dans la Constitution haïtienne que dans les instruments internationaux ratifiés par Haïti, comme la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ou la Convention Américaine relative aux Droits de l’Homme.
L’organisation définit un cadre légal strict pour l’émission d’un avis de recherche : il ne se justifie que si la personne est en fuite après un flagrant délit, poursuivie par la clameur publique, évadée de prison, ou visée par un mandat d’arrêt en vigueur. Or, constate le RNDDH, aucun des cas visés ne correspond à ces critères. Pire, la « bonne foi et bonne volonté » des concernés à collaborer n’a même pas été testée, puisqu’ils n’ont reçu aucune convocation préalable.
« L’avis de recherche ne peut constituer l’acte déclencheur de l’enquête », insiste le communiqué. Il doit en être la conséquence, après le respect des étapes procédurales. En agissant à l’inverse, la DCPJ mettrait la charrue avant les bœufs et bafouerait les principes de l’État de droit.
Appel à la suspension et mise en garde contre l’instrumentalisation
Le RNDDH perçoit dans ces agissements une dangereuse instrumentalisation de la police judiciaire à des fins politiques. Une telle pratique, avertit-il, « constituerait une violation manifeste des principes de l’État de droit démocratique », porterait « un préjudice moral injustifié » aux citoyens visés et achèverait d’éroder la confiance déjà fragile du public envers les institutions républicaines.
Par conséquent, le Réseau National de Défense des Droits Humains recommande avec insistance à la Direction Centrale de la Police Judiciaire de suspendre immédiatement les avis de recherche émis contre Ralph Youri Chevry, Smith Joseph et Edouard Julcène. Il l’exhorte à « s’en référer à la Loi » pour conduire toutes ses enquêtes futures, rappelant que le respect scrupuleux des procédures est le « socle fondamental » de toute démocratie.


