Dans une déclaration prononcée jeudi devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, l’ambassadrice américaine Jennifer Locetta a réitéré le soutien « indéfectible » des États-Unis au Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé, le présentant comme une pièce maîtresse pour « faire progresser les efforts visant à lutter contre les gangs terroristes et à stabiliser le pays ». Son intervention est intervenue lors de l’adoption à l’unanimité de la résolution renouvelant jusqu’au 31 janvier 2027 le mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), une résolution co-portée par les États-Unis et le Panama.
L’ambassadrice Locetta a salué le renouvellement du BINUH comme une « étape décisive », tout en insistant sur le fait que les États-Unis avaient œuvré pour un mandat « réduit » et « recentré » de la mission onusienne. Selon elle, le BINUH s’était « considérablement élargi au-delà de son champ d’action prévu initialement ».
Washington a donc défendu avec succès un recentrage sur trois fonctions jugées essentielles.
« En recentrant le BINUH sur ses fonctions essentielles, à savoir : offrir ses bons offices pour soutenir la préparation des élections ; aider le gouvernement haïtien à concevoir un programme de désarmement, de démantèlement et de réintégration des membres de gangs capturés ; et rendre compte de manière rigoureuse des événements sur le terrain, nous permettons à l’ONU de retrouver son mandat de paix et de sécurité dans ce domaine », a déclaré l’ambassadrice américaine Jennifer Locetta.
Cette approche, a-t-elle expliqué, s’inscrit dans la ligne directrice fixée par le décret du président Trump sur la participation des États-Unis aux organisations multilatérales, qui exige que l’ONU se concentre sur le maintien de la paix et de la sécurité et assure une utilisation efficace des fonds des États membres.
Le discours américain a été particulièrement ferme sur la scène politique haïtienne. L’ambassadrice a relayé un message sans équivoque du secrétaire d’État Marco Rubio, appelant à la dissolution du Conseil présidentiel de transition (CPT) « d’ici le 7 février ». Cette demande vise à empêcher que « des acteurs corrompus ne cherchent à s’immiscer dans le processus électoral haïtien à des fins personnelles ».
Dans ce contexte, le soutien exclusif apporté au Premier ministre Fils-Aimé apparaît comme la pierre angulaire de la stratégie américaine. « Le mandat du Premier ministre Fils-Aimé à la tête du gouvernement haïtien reste essentiel », a affirmé Locetta, soulignant que la violence des gangs « ne peut être empêchée qu’avec une direction puissante et cohérente, et avec le soutien total du peuple haïtien ».
L’intervention a également clarifié la vision américaine de la répartition des tâches parmi les acteurs internationaux en Haïti :
La Force de répression des gangs (FRG) est l’outil militaire de sécurisation.
Le Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH) assure le soutien logistique et administratif à cette force.
Le BINUH, avec son nouveau mandat recentré, se concentre sur le politique, l’électoral et le DDR.
L’Organisation des États américains (OEA) joue un rôle de soutien complémentaire.
« Tous jouent un rôle essentiel, mais distinct », a précisé la diplomate, mettant en garde contre les chevauchements et plaidant pour une complémentarité stricte.
Le succès de cette approche repose désormais sur la capacité du Premier ministre Fils-Aimé à incarner cette « direction puissante et cohérente » dans un pays fracturé, et sur la coordination effective d’une architecture internationale aux mandats volontairement étroits. L’échéance du 7 février pour la dissolution du CPT constitue le premier test immédiat de cette nouvelle phase.


