Le Conseil Présidentiel de Transition a officiellement lancé, dimanche 18 janvier, son « dialogue politique national ». L’objectif affiché est de trouver un consensus haïtien sur un mécanisme de gouvernance pour assurer la stabilité du pays après le 7 février 2026, date marquant la fin de son propre mandat. Le processus vise également à garantir la continuité du processus électoral et le rétablissement de la sécurité.
Les premiers échanges ont eu lieu à la Villa d’Accueil avec des représentants des groupes MORN et Consensus politique, qui incluent des formations telles que EDE, Pitit Dessalines, Ansanm Nou Fò, l’Accord historique du 14 août, le RENAPA et le Parti Ayisyen pou Ayiti. Dans une courte note publiée à l’issue des rencontres, le CPT a « salué la qualité des échanges et la pertinence des propositions formulées ». Les discussions devaient se poursuivre ce lundi 19 janvier avec d’autres entités, dont COPPOS-Haïti, KOREPAD, ainsi que les représentants des Accords de Montana et du 21 décembre.
Cependant, cette initiative du CPT se heurte dès son lancement à une défiance marquée et à des difficultés internes qui en assombrissent les perspectives.
Plusieurs groupes politiques représentatifs, bien qu’ayant reçu l’invitation du CPT, ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils n’entendaient pas participer à ce dialogue. Des responsables de certaines de ces formations ont expliqué, sous couvert d’anonymat, leur refus de légitimer un processus mené par un Conseil qu’ils jugent responsable d’un échec patent.
« Nous ne viendrons pas cautionner un Conseil présidentiel de transition qui a piteusement échoué dans sa mission et contribué à aggraver la situation du pays », a déclaré un responsable politique. Cette absence de participation d’acteurs clés risque de vider le processus d’une partie essentielle de sa représentativité et de sa crédibilité.
Par ailleurs, l’unité même du CPT pour mener à bien ce dialogue est mise en doute. Les rencontres de dimanche ont été marquées l’absence notable du coordonnateur du Conseil, Laurent Saint-Cyr. Cette absence interroge sur la cohésion du collège transitoire et sa capacité à parler d’une seule voix pour conduire des négociations aussi cruciales à quelques semaines de la fin de son mandat.
Le lancement de ce dialogue intervient dans un climat d’urgence et d’incertitude extrême. La date du 7 février 2026, qui marque la fin théorique du mandat du CPT, approche à grands pas sans qu’aucune solution claire de relève ou de continuité ne se profile. L’inquiétude est grande quant à l’avenir politique immédiat du pays, avec la crainte d’un vide institutionnel ou d’une paralysie accrue des institutions déjà fragilisées.
Le défi du dialogue est donc titanesque : il doit, dans un temps très contraint, parvenir à un accord entre des forces politiques divisées, sous l’égide d’une instance dont la légitimité et l’unité sont contestées, et ce dans un contexte sécuritaire et humanitaire catastrophique.
Alors que de nouvelles rencontres étaient prévues lundi, la communauté nationale et internationale observe avec un scepticisme prudent si cette dernière initiative du CPT peut déboucher sur une feuille de route crédible pour éviter une nouvelle plongée dans l’inconnu après le 7 février.


