L’administration Trump veut rendre plus difficile le test de la citoyenneté américaine

Emmanuel Paul
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Emmanuel Paul est un journaliste chevronné et un conteur accompli, animé par un engagement profond envers la vérité, la communauté et l’impact social. Il est le...

L’administration Trump adopte de nouvelles mesures visant à durcir le test en vue de l’obtention de la citoyenneté américaine.

À partir de la mi-octobre, les immigrants légaux qui déposeront une demande de naturalisation devront se préparer à un examen plus complexe.

Selon l’agence fédérale de l’immigration et de la citoyenneté (U.S. Citizenship and Immigration Services – USCIS), le nouveau test comptera désormais 128 questions portant sur l’histoire et les institutions politiques américaines, contre 100 auparavant.

L’épreuve restera orale : les postulants devront répondre correctement à 12 questions sur 20, alors que l’ancien modèle, en vigueur depuis 2008, en exigeait six bonnes réponses sur dix.

Les candidats auront deux tentatives pour réussir. En cas d’échec répété, leur demande de citoyenneté sera rejetée. Les personnes âgées de 65 ans ou plus, ayant vécu au moins vingt ans comme résidents permanents, bénéficieront d’un régime allégé : seulement 20 questions à préparer et la possibilité de passer l’examen dans leur langue maternelle.

Les nouvelles questions introduisent des thématiques telles que le 10e amendement de la Constitution, les Federalist Papers, la présidence de Dwight Eisenhower, ou encore les figures d’Alexander Hamilton et James Madison.

La justification de la Maison-Blanche

Matthew Tragesser, porte-parole de l’USCIS, a défendu cette réforme en des termes sans équivoque.

Selon lui, le rétablissement du test mis en place en 2020 lors du premier mandat de Donald Trump doit permettre de s’assurer que les nouveaux citoyens sont pleinement intégrés.

« La citoyenneté américaine est la plus sacrée au monde et elle doit être réservée uniquement aux étrangers qui embrassent pleinement nos valeurs et nos principes en tant que nation », a déclaré M. Tragesser, cité par CBS News.

Il a également présenté cette réforme comme la première étape d’un programme plus vaste. « Cette décision est la première d’une série qui garantira que ceux qui obtiennent la citoyenneté sont totalement assimilés et contribueront à la grandeur de l’Amérique. »

Cette mesure marque une rupture avec la politique de l’administration Biden, qui avait annulé la version de 2020 en affirmant que l’ajout de questions « créait des barrières inutiles pour les immigrants légaux souhaitant devenir citoyens ».

Ce renforcement de l’examen civique n’est pas isolé.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’USCIS a multiplié les initiatives destinées à durcir l’accès aux bénéfices migratoires légaux.

Parmi les mesures récentes figure l’extension des critères d’évaluation de la « bonne moralité », un élément central des dossiers de naturalisation.

Les enquêteurs prennent désormais en compte une gamme plus large de comportements et d’antécédents personnels.

Autre nouveauté : le retour des « neighborhood checks », ou vérifications de voisinage.

Longtemps abandonnée, cette pratique consiste à envoyer des agents fédéraux interroger les voisins et collègues des candidats pour évaluer leur admissibilité à la citoyenneté.

Plus largement, l’agence a reçu l’ordre de prêter une attention accrue à l’activité sur les réseaux sociaux. Une directive interne publiée cet été a demandé aux agents de déceler toute opinion jugée « anti-américaine » parmi les demandeurs de cartes vertes, de permis de travail ou de naturalisation, a rapporté CBS News.

US flag and citizenship and immigration paperwork

Des critiques virulentes des défenseurs des immigrants

Les organisations de défense des droits des migrants dénoncent une stratégie qui, selon elles, vise à décourager les résidents permanents de franchir l’étape de la naturalisation.

Selon Jennifer Ibañez Whitlock, conseillère principale en politiques au National Immigration Law Center, « tout cela ne fait que compliquer la vie des résidents de longue date qui contribuent chaque jour à ce pays et qui cherchent simplement à accéder aux protections permanentes que seule la citoyenneté peut offrir. »

Selon elle, la multiplication des obstacles administratifs alimente un climat d’incertitude et d’exclusion, à rebours de l’objectif d’intégration mis en avant par les autorités.

L’introduction de ce nouveau test s’inscrit dans une campagne plus globale visant à restreindre l’accès à l’immigration légale aux États-Unis.

En plus du durcissement de la naturalisation, l’administration Trump a élargi les critères pour l’obtention des cartes de séjour (green cards), des permis de travail et autres avantages.

Les critiques estiment que la Maison-Blanche cherche à réduire, par une succession de mesures techniques, le nombre d’étrangers pouvant obtenir un statut durable. Les partisans de la réforme défendent au contraire une politique de « sécurité nationale », arguant qu’elle permet de s’assurer que les futurs citoyens adhèrent aux valeurs américaines.

Le débat reste vif. Pour les autorités, comme l’a rappelé Matthew Tragesser, « il est essentiel que ceux qui deviennent Américains soient prêts à contribuer à la prospérité et à la stabilité de la nation. » Pour les associations de défense des immigrants, il s’agit d’une remise en cause du principe même d’égalité d’accès à la citoyenneté pour les résidents établis.

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Source : CBS News

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