Alors qu’Haïti traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine, marquée par une insécurité galopante et une crise humanitaire aiguë, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) « note avec une vive préoccupation les troubles internes qui se produisent aux plus hauts niveaux de l’État haïtien ». Le constat est sévère : au moment même où la nation a un besoin urgent de stabilité, de clarté dans la prise de décision et d’une priorité absolue accordée au bien-être de sa population, l’exécutif est miné par des divisions qui menacent les fondements déjà fragiles de la transition.
Cette déclaration intervient à un moment charnière, alors que le mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), établi conformément à l’accord politique du 3 avril 2024, doit normalement prendre fin le 7 février 2026. L’échéance approche à grands pas, mais au lieu d’une préparation sereine à la passation ou au renouvellement des institutions, c’est une paralysie accentuée qui prévaut.
Le cœur du problème réside dans l’impasse actuelle au sein du Conseil présidentiel de transition haïtien. Les tentatives peu concluantes de certains membres pour destituer le Premier ministre ont plongé le CPT dans une crise de gouvernance interne. Cette lutte de pouvoir, aux motivations souvent opaques, rend plus complexe un processus de transition déjà difficile.
La CARICOM, qui a joué un rôle central de facilitation dans la création du CPT et accompagne le processus depuis des mois, voit ses efforts et ceux des acteurs haïtiens engagés compromis par ces manœuvres. L’organisme régional souligne un contraste tragique et « inacceptable » : pendant que les dirigeants se querellent pour le pouvoir, le peuple haïtien continue de subir des violences et des privations inimaginables.
Cette juxtaposition est au centre du message : l’instabilité politique au sommet nourrit directement l’instabilité sécuritaire et humanitaire dans les rues. Chaque jour de discorde au Palais national ou à la Primature est un jour gagné par les gangs qui étendent leur emprise sur la capitale et les provinces, exacerbant les souffrances d’une population prise en étau.
Face à ce blocage, la CARICOM lance un appel pressant à la raison. Elle estime « essentiel que les parties prenantes mettent de côté les différences pour parvenir à un consensus ». La déclaration rappelle que le « Groupe de personnalités éminentes de la CARICOM reste à la disposition de toutes les parties prenantes pour faciliter l’accord sur la multiplicité des propositions qui existent actuellement ».
Ce point est crucial. Il indique que des solutions et des scénarios de sortie de crise existent sur la table, mais que le manque de volonté politique et la méfiance réciproque empêchent toute avancée. La CARICOM se positionne non pas en donneuse de leçons, mais en partenaire facilitateur, offrant à nouveau ses bons offices pour aider les Haïtiens à trouver une voie commune. Elle reconnaît ainsi la souveraineté du processus tout en insistant sur la responsabilité collective des élites haïtiennes.
L’objectif ultime de la CARICOM, tel qu’énoncé, est clair et ambitieux : « mettre fin à la fragmentation actuelle qui ne fonctionne qu’au profit des gangs, et de rétablir une stabilité politique durable, la sécurité et la paix en Haïti ». Cette séquence est logique : sans une unité minimale au sommet, aucune stratégie cohérente de sécurité ne peut être mise en œuvre. Sans sécurité restaurée, aucun processus électoral crédible et inclusif n’est possible.
La fin de la déclaration replace la crise actuelle dans une perspective plus large et porteuse d’espoir. Le but final n’est pas seulement de résoudre la querelle au CPT, mais de créer les conditions permettant « que des élections puissent être organisées et que l’attention soit recentrée sur la croissance économique et le développement durable pour le bénéfice de tous les Haïtiens ». C’est un rappel que la transition politique n’est qu’une étape nécessaire vers la reconstruction du contrat social et la relance d’un projet de nation.
La CARICOM appelle toutes les parties prenantes haïtiennes à placer l’avenir de leur peuple et de leur pays avant tout, et à agir de manière responsable, avec urgence et patriotisme.


