Haïti : une étude historique commandée par l’OIDG révèle les déterminants de la gouvernance et plaide pour un pacte de l’avenir

Darbouze Figaro
Categories: Haïti Politique

Dans le cadre de son engagement continu pour soutenir l’établissement d’une démocratie durable et d’une bonne gouvernance en Haïti, l’Observatoire International pour la Démocratie et la Gouvernance (OIDG) a rendu public les résultats d’une étude historique et scientifique menée par le professeur Jean Antoine Mathias Lauréus. Cette recherche, qui s’inscrit dans la continuité des forums organisés par l’OIDG tout au long de l’année 2025 – notamment le Forum sur la crise haïtienne d’août dernier –, offre un diagnostic rigoureux des performances politiques du pays sur plus de deux siècles et étaye le plaidoyer de l’organisation en faveur d’un « Pacte de Gouvernabilité de 25 ans ».

L’étude se distingue par son ampleur et sa méthodologie. Elle évalue 46 chefs d’État (hors périodes de transition) à l’aune de dix-sept critères fondamentaux de gouvernance politique, tels que la cohésion sociale, l’intérêt national, la modernité, le progrès économique et social, le comportement stratégique et la vertu. En mobilisant des analyses statistiques multivariées, elle établit un classement inédit de ces dirigeants selon leur efficience.

Le palmarès, dominé par Paul Eugène MAGLOIRE (1950-1956) avec un score d’efficience de 76%, place à ses côtés des figures comme le Roi Henri Ier (71%) et Fabre Nicolas GEFFRARD (71%). À l’autre extrémité, Jean-Bertrand ARISTIDE et Sylvain SALNAVE partagent la dernière place avec un score de 21%. Plus globalement, le constat est sévère : les performances moyennes pour l’ensemble des critères varient de 62% (« Courage politique et leadership ») à seulement 35% pour le critère « Transformation économique & sociale », soulignant un déficit structurel persistant.

L’originalité de l’étude réside dans son identification des facteurs explicatifs des différences de performance. Six variables ont été testées :

L’origine géographique : Étonnamment, l’étude conclut qu’elle n’a aucune influence significative sur la qualité de la gouvernance.

La tranche d’âge : Son influence est conditionnée par d’autres facteurs, notamment la formation et l’expérience.

L’appartenance sociale (Noire/Mulâtre) : C’est l’un des résultats les plus marquants. L’étude établit une relation de causalité forte entre cette appartenance et la qualité de la gouvernance, invitant à une réflexion approfondie sur l’impact des clivages socio-raciaux dans l’histoire politique haïtienne.

La formation académique : Nécessaire, mais non suffisante. Elle doit être combinée à l’expérience politique pour avoir un effet positif.

L’expérience politique : Un élément crucial qui, combiné à l’éducation, forme le socle d’une gouvernance plus efficace.

La qualité des constitutions : Conclusion majeure, l’étude affirme que la qualité des règles formelles (les constitutions) n’a exercé aucune influence significative, ni individuellement ni collectivement, sur la gouvernance réelle des 46 chefs d’État. Ce résultat pointe le fossé abyssal entre les textes et leur application en Haïti.

La combinaison de ces facteurs a permis de modéliser 26 profils types de chefs d’État, classés par performance. Les visualisations présentées dans l’étude sont éloquentes. Par exemple, pour le critère de « Cohésion sociale », les groupes « Noirs éduqués & expérimentés » et « Jeunes éduqués & expérimentés » obtiennent les meilleurs scores (61% et 58%), tandis que les « Mulâtres non éduqués & non expérimentés » et les « Jeunes non éduqués & non expérimentés » enregistrent les plus bas (33% et 0%).

Des dynamiques similaires sont observées pour des critères comme la « Modernité » (où les « Jeunes non éduqués & expérimentés » et les « Noirs éduqués & expérimentés » se démarquent) ou la « Vertu » (où les profils « Éduqués & expérimentés » arrivent en tête). Ces analyses fines démontrent que c’est la synergie de plusieurs attributs (origine sociale, éducation, expérience) qui forge l’efficacité gouvernementale, bien plus qu’un facteur isolé.

Le message final de l’étude, commandée et diffusée par l’OIDG, est clair et volontariste : « La dégradation de la situation d’Haïti relève d’une conséquence historique et institutionnelle, et non d’une fatalité. »

En identifiant les déterminants concrets de la (mauvaise) gouvernance, cette recherche fournit une base factuelle essentielle pour rompre avec les cycles du passé. Elle vient étayer l’appel de l’OIDG, répété lors de ses forums en 2025, pour un Pacte National de Gouvernabilité. Un tel pacte, s’il veut être efficace, doit selon les enseignements de l’étude :

Valoriser et exiger une combinaison solide de compétences académiques et d’expérience politique pour les futurs dirigeants.

S’attaquer au déficit d’implémentation des règles, en construisant des institutions fortes capables de rendre les constitutions et les lois opérantes.

En commandant cette étude, l’OIDG remplit pleinement son rôle d’observatoire et de catalyseur. En offrant une lecture dépassionnée et quantitative de l’histoire politique haïtienne, elle replace le débat sur le terrain des solutions structurelles et du long terme.

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