Port-au-Prince, mercredi 4 mars 2026_Renforcer immédiatement la protection des civils, sécuriser les juridictions, garantir la liberté de la presse, rétablir l’accès aux services publics essentiels et créer des mécanismes de protection pour les femmes, les enfants et les journalistes : telles sont les principales recommandations formulées par le Collectif Défenseurs Plus dans son rapport annuel sur la situation des Droits Humains en Haïti pour l’année 2025 publié ce 4 mars.
L’organisation appelle également à la tenue d’élections libres, à la lutte contre l’impunité, à la réforme du système judiciaire et à la mise en œuvre effective des conventions internationales ratifiées par Haïti.
Ces recommandations interviennent dans un contexte d’effondrement généralisé des droits civils, politiques, économiques et sociaux.
Selon les données du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), l’année 2025 a été la plus meurtrière des six dernières années, avec près de 5 957 personnes tuées dans des violences impliquant gangs, groupes d’autodéfense et forces de sécurité.
Dès le premier trimestre, plus de 1 600 personnes ont été tuées.
Défenseurs Plus rappelle que la violence, concentrée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, s’est progressivement étendue aux départements de l’Artibonite et du Centre. Le massacre de Labodrie, en août, aurait fait au moins 50 morts.
Au total, informe l’organisation, les chiffres trimestriels confirment une intensification continue des homicides, dépassant largement les bilans déjà alarmants de 2023 et 2024.
Le droit à la vie, pourtant consacré par la Constitution haïtienne et les instruments internationaux, apparaît aujourd’hui vidé de sa substance, lit-on dans ce rapport.
Les civils, hommes, femmes, enfants ; paient le prix fort d’une violence devenue structurelle.
D’autre part, poursuit Défenseurs Plus, le kidnapping demeure un instrument central de financement et de contrôle territorial.
Plus de 1 000 cas ont été recensés en 2025, malgré une baisse apparente par rapport au pic de 2022.
Les enlèvements, concentrés notamment à Port-au-Prince et dans l’Artibonite, visent commerçants, chauffeurs, femmes et enfants.
Le droit à la sécurité est gravement compromis. La liberté de circulation, le droit au travail et l’accès aux services de base sont entravés par la présence de zones de non-droit.
Le système judiciaire est en crise profonde. Le manque de magistrats, l’insécurité et le sous-financement paralysent les tribunaux de Port-au-Prince, des Cayes, des Gonaïves et du Cap-Haïtien.
Si un décret créant des pôles judiciaires spécialisés constitue une avancée symbolique, l’accès effectif à la justice reste limité, constate Défenseurs Plus.
Les attaques contre le Pénitencier national et la prison de Croix-des-Bouquets en 2024, suivies d’évasions massives en 2025, ont vidé les établissements carcéraux.
La détention préventive prolongée et les conditions inhumaines persistent dans les commissariats transformés en prisons de fortune.
La liberté de manifestation, garantie par la Constitution de 1987, s’est heurtée à l’usage disproportionné de la force et à l’insécurité généralisée.
Un décret sur la diffamation adopté fin 2025 suscite des inquiétudes quant à un possible effet dissuasif sur la liberté d’expression.
La liberté de la presse a connu un recul notable. Selon Reporters sans frontières, note l’organisation, Haïti occupe désormais la 111ᵉ place sur 180 au classement mondial.
Plusieurs médias ont été incendiés et des journalistes menacés, contraignant nombre d’entre eux à l’exil ou à l’autocensure.
Le droit à l’éducation est sévèrement affecté. Plus de 1 600 écoles ont fermé au début de l’année, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies.
Des dizaines d’universités ont suspendu leurs activités.
Le droit à l’alimentation se détériore dans un pays où plus de cinq millions de personnes étaient déjà en insécurité alimentaire aiguë en 2024.
La dépendance aux importations et les perturbations agricoles aggravent la situation.
Le droit à la santé, tel que défini par l’Organisation mondiale de la Santé, est compromis par la fermeture d’hôpitaux situés dans des zones sous contrôle armé.
L’insalubrité et la résurgence du choléra aggravent la vulnérabilité sanitaire.
Femmes, enfants, migrants : vulnérabilités accrues
Les enfants sont particulièrement exposés : déplacements massifs, fermeture d’écoles, recrutement forcé par des groupes armés.
Les violences sexuelles ont explosé, avec plus de 7 400 cas de violences basées sur le genre recensés entre janvier et septembre.
Les migrants haïtiens subissent des expulsions massives, notamment depuis la République dominicaine, en dépit du principe de non-refoulement.


