Alors que la pression sécuritaire et politique ne faiblit pas dans le pays, le gouvernement haïtien tente de faire avancer un processus électoral présenté comme la clé d’une sortie de crise. Ce mardi 3 février 2026, à l’occasion de la 35e édition des Mardis de la Nation, le ministre délégué chargé des questions électorales et constitutionnelles, Joseph André Gracien Jean, a dressé un tableau volontariste des actions de l’État pour accompagner l’organisation des scrutins à venir.
Le ministre a réaffirmé l’engagement inébranlable de l’exécutif à soutenir le Conseil électoral provisoire (CEP). « La sécurité est le préalable, mais le retour à la légitimité démocratique par les urnes en est l’aboutissement indispensable », a-t-il insisté en toile de fond d’un discours axé sur les moyens et la méthode.
Au cœur de la stratégie présentée : la modernisation. Le ministre Jean a mis en avant le caractère novateur du nouveau décret électoral et du calendrier qui l’accompagne. Ces outils doivent, selon lui, permettre deux avancées majeures : la décentralisation du centre de tabulation des résultats – une mesure visant à renforcer la transparence – et une plus large participation des femmes à tous les niveaux du processus. « Une démocratie ne peut être forte que si elle est inclusive », a-t-il souligné.
Autre pilier de cette feuille de route : le renforcement des capacités techniques. À ce titre, la signature récente d’un protocole d’accord de coopération entre le CEP haïtien et l’Institut national électoral (INE) du Mexique a été saluée comme une « étape décisive ». Ce partenariat, centré sur le transfert d’expertise, portera notamment sur le renforcement des opérateurs électoraux, la gestion et la mise à jour du registre électoral, ainsi que sur l’utilisation de technologies adaptées à la tenue d’élections en période de crise. Une expertise mexicaine qui pourrait s’avérer précieuse dans un contexte haïtien fragile.
L’accompagnement de l’État ne se limite pas au cadre technique. Le ministre a détaillé un programme de renforcement des capacités des partis politiques, déjà mis en œuvre par le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique. Quelque 1 770 membres issus de 240 structures politiques y auraient déjà pris part. L’inscription officielle des partis et la mise à jour conséquente du registre électoral ont été annoncées comme des priorités immédiates.
Mais l’élément le plus tangible avancé pour convaincre de la détermination gouvernementale est d’ordre financier. Joseph André Gracien Jean a fait état de la mise sur pied d’un « programme d’appui au processus électoral », alimenté par une enveloppe étatique de près de 83 millions de dollars américains pour l’année 2025. « À ce jour, le solde disponible et opérationnel pour les aspects techniques et modernes des élections générales s’élève à 41 595 683,04 dollars », a-t-il précisé. La gestion de ces fonds est confiée à un comité de pilotage tripartite, composé du Président du CEP, du Ministre de la Planification et du Représentant du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Haïti, garantissant, selon les autorités, une gestion transparente et collégiale.
Cet exposé chiffré et structuré vise à projeter une image de maîtrise et de planification. Le gouvernement semble vouloir répondre aux doutes persistants de la communauté internationale et d’une partie de la classe politique sur sa capacité réelle à organiser des élections libres, crédibles et sécurisées dans un pays en proie à une violence armée et à une paralysie institutionnelle.
Toutefois, l’annonce intervient dans un climat de très haute tension. La présence renforcée de navires de guerre américains au large de Port-au-Prince, officiellement pour lutter contre les « narco-terroristes », et l’approche de la date du 7 février – marquant la fin théorique du mandat du Conseil présidentiel de transition – créent un contexte géopolitique instable. La réussite du processus électoral, tel que décrit par le ministre Jean, reste suspendue à une amélioration radicale de la sécurité sur le terrain, condition sans laquelle aucun scrutin national n’est envisageable.


