Alors que le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a terminé son mandat ce samedi 7 février 2026, le Conseil des Ministres, sous la présidence d’Alix Didier Fils-Aimé, a pris une série de mesures fortes et a lancé un vibrant appel à la mobilisation nationale pour restaurer l’État et organiser des élections.
Lors d’un premier Conseil des Ministres extraordinaire présidé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé quelques heures après le départ du CPT, le chef du gouvernement a pris acte de la vacance de la présidence et s’est organisé pour assurer la continuité de l’État, tout en fixant des priorités claires centrées sur la sécurité et l’organisation d’élections.
Dans un communiqué, la Primature a ainsi annoncé trois mesures majeures. Premièrement, le Premier ministre Fils-Aimé a été nommé Ministre de l’Économie et des Finances par intérim en remplacement de Alfred Métellus, renvoyé. Ce dernier avait été désigné par une majorité d’anciens conseillers-présidents pour remplacer Fils-Aimé. Sa révocation est justifiée par la nécessité « d’améliorer l’efficacité de l’action gouvernementale ».
Deuxièmement, un décret plaçant le Pouvoir Exécutif sous l’égide du Conseil des Ministres a été adopté, en invoquant l’article 149 de la Constitution amendée. Ce texte prévoit que, en cas de vacance de la présidence, le Conseil des Ministres exerce l’autorité exécutive sous la présidence du Premier ministre, et ce jusqu’à l’investiture d’un président élu. Le communiqué précise que les actions du pouvoir exécutif seront prioritairement orientées vers : 1) le rétablissement de la sécurité et de l’autorité de l’État, 2) l’organisation d’élections libres et démocratiques, et 3) la garantie du fonctionnement des institutions publiques.
Troisièmement, des commissions municipales ont été mises en place pour administrer les communes de Port-au-Prince, Pétion-Ville et Gressier jusqu’aux prochaines élections, visant à rétablir une administration locale minimale dans des zones clés.
Un discours à la nation : l’appel à l’union sacrée face à l’urgence
Parallèlement à ces mesures administratives, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’est adressé à la nation. Il a salué les efforts du CPT tout en reconnaissant que la transition était incomplète, bloquée par l’insécurité persistante qui a empêché la tenue d’élections.
« La République ne cédera ni devant le découragement ni devant la division », a-t-il affirmé. Il a réitéré que la mission restait inchangée : « rétablir la sécurité, organiser des élections libres, inclusives et démocratiques, et remettre le pouvoir aux dirigeants que le peuple aura librement choisis ».
Face à la crise de sécurité, le chef du gouvernement a lancé un avertissement sans équivoque : « Les complices [des gangs] seront poursuivis sans répit. La Police Nationale d’Haïti (PNH) et les Forces Armées d’Haïti (FAd’H) agiront avec rigueur, coordination et continuité, jusqu’à ce que l’État reprenne le contrôle total du territoire national. » Il a également annoncé la mise en œuvre immédiate d’un plan humanitaire d’urgence pour apporter une assistance aux populations les plus vulnérables.
Une main tendue à tous les secteurs et à la communauté internationale
Dans un appel à l’unité nationale, M. Fils-Aimé a invité « toutes les forces vives du pays » – partis politiques, société civile, secteur privé, leaders religieux, artistes, jeunes, femmes, paysans – à se rassembler. Il a également lancé un message à la communauté internationale, exprimant la gratitude d’Haïti pour le soutien reçu tout en appelant à « un engagement plus solide, plus coordonné et plus durable en faveur de la stabilité du pays ».
Le Premier ministre a conclu son discours en affirmant qu’« un peuple uni ne perd jamais son chemin » et qu’« Haïti se relèvera grâce à l’unité, au sens du devoir et à la responsabilité collective ».
Ces annonces marquent une tentative du gouvernement sortant de structurer et de légitimer son autorité dans un intervalle constitutionnel sensible. En s’appuyant sur l’article 149, M. Fils-Aimé cherche à ancrer son action dans un cadre légal, tout en s’efforçant de rassurer la population et les partenaires internationaux sur ses priorités : la sécurité et la voie vers les élections.


