Haïti – Sécurité : Une nouvelle saisie d’armes au terminal portuaire de Quartier-Morin met en lumière un trafic international

Darbouze Figaro

Une opération conjointe des forces de l’ordre haïtiennes a abouti, mardi 6 janvier 2026, à une importante saisie d’armes et de munitions au terminal portuaire de Quartier-Morin, dans le département du Nord. Cette intervention illustre la persistance d’un trafic d’armes à grande échelle alimentant l’insécurité en Haïti, et survient au moment où la justice américaine inculpe des trafiquants opérant depuis la Floride.

Selon une note de la Direction de la communication de la Police (DICOP), des enquêteurs de la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants (BLTS/Nord), assistés par la Brigade de surveillance douanière et des douaniers locaux, sont intervenus dans l’après-midi du mardi 6 janvier au Cap-Terminal S.A. 2 (CTSA 2).

L’opération a permis la découverte, à l’intérieur d’un conteneur en provenance des États-Unis (immatriculé ASJU5884650, agence D Cargo), de cinq boîtes en carton de forme cubique, de couleur beige, marquées « L663 ». Leur vérification a mené à la saisie de neuf pistolets de marques et calibres variés (S&W, Luger, Bryco Arms, SCCY, KAHR, Palmetto et Springfield), de neuf chargeurs et de 5 500 cartouches de calibre 7.62×39.

Deux individus présents lors de la vérification, Willy Pierre et Clevickson Servius, ont été immédiatement interpellés pour « trafic illicite international d’armes à feu et de munitions ». Un juge de paix a été requis pour le constat légal et une enquête approfondie est en cours.

Cette intervention s’inscrit dans une série d’interceptions au terminal CTSA 2. Moins de dix jours plus tôt, le lundi 29 décembre 2025, la BLTS et les douanes y avaient déjà saisi trois armes à feu (deux pistolets de 9mm et un fusil d’assaut de type AK-47), huit chargeurs et 1 800 cartouches de calibre 9mm. Ces armes et munitions, également dissimulées dans des cartons, provenaient d’un conteneur de la CMA CGM en provenance des États-Unis. Jean Marie Clément Thelusma, 43 ans, soupçonné d’être le propriétaire de la cargaison, avait alors été arrêté.

Parallèlement, la justice fédérale américaine a inculpé cette semaine trois personnes pour leur implication présumée dans un réseau de trafic d’armes entre la Floride et Haïti. Francesca Charles, 28 ans, ainsi que les frères Jacques Pierre, 32 ans, et Jeff Pierre, 34 ans, sont accusés de conspiration et d’exportation illégale d’armes à feu. Ils risquent jusqu’à 20 ans de prison.

Cette affaire américaine remonte à février 2025, lorsque les autorités dominicaines avaient intercepté un conteneur en provenance de Miami contenant un arsenal : 18 fusils, cinq armes de poing, plus de 36 000 cartouches et un silencieux, destiné à Haïti. L’enquête a établi que les accusés étaient les acheteurs d’au moins 20 de ces 23 armes. Entre mai 2024 et février 2025, le trio aurait acquis au moins 46 armes, dont deux fusils Barrett de calibre .50, une arme lourde de type militaire.

Ces inculpations surviennent alors que les États-Unis sont de plus en plus critiqués, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies, pour leur incapacité présumée à endiguer le flux d’armes illégales vers Haïti. Les récentes actions judiciaires américaines semblent toutefois démontrer une prise de conscience et une volonté de s’attaquer à ce trafic à la source, sur son propre territoire.

Les saisies répétées au port du Cap-Haïtien confirment malheureusement que ce canal d’approvisionnement des gangs armés reste actif, posant un défi majeur aux autorités haïtiennes et à la communauté internationale dans leurs efforts pour rétablir la sécurité dans le pays.

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