Depuis le début de l’année 2026 d’importantes opérations de sécurité sont menées dans plusieurs quartiers populaires de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Conduites conjointement par la Police nationale d’Haïti (PNH), les Forces armées d’Haïti (FAD’H), la Task Force ainsi que la Force de répression des gangs, ces interventions ont occasionné près de 120 décès, selon un premier bilan communiqué par Fritznel Pierre, représentant de l’organisation Konbit pour la paix et le développement. Il s’exprimait sur les ondes d’AlterRadio (106.1 FM), station émettant depuis la capitale d’Haïti, Port-au-Prince.
Les données recueillies par l’organisation font état de 116 morts enregistrés entre le 1er et le 11 janvier 2026, ainsi que de 65 personnes grièvement blessées. Parmi les victimes décédées, 64 seraient identifiées comme membres de groupes criminels. En revanche, 52 autres, dont huit adolescents, sont présentées comme de simples citoyennes et citoyens n’ayant aucun lien avec les activités des groupes armés, précise le défenseur des droits humains.
Selon Konbit pour la paix et le développement, ces victimes civiles auraient perdu la vie lors d’attaques menées à l’aide de drones kamikazes, alors qu’elles auraient été contraintes par des groupes armés d’ériger des barricades destinées à freiner l’avancée des forces de sécurité.
Si près d’une soixantaine de bandits ont été neutralisés, de nombreux individus armés, notamment établis dans les zones des rues des Remparts, Macajoux, Tiremasse et Saint-Martin, ont pris la fuite, souligne Fritznel Pierre. Il insiste par ailleurs sur la présence soutenue de véhicules blindés de la PNH dans ces quartiers.
Importantes saisies d’armes et de munitions
La Police nationale d’Haïti a annoncé, le 12 janvier dernier, avoir saisi 33 armes à feu, dont 17 fusils d’assaut, ainsi que 12 259 munitions de divers calibres, dans le cadre d’opérations menées depuis le début de l’année dans le quartier de Bel Air contre des gangs lourdement armés.
Par ailleurs, une autre opération a permis la saisie de neuf pistolets, neuf chargeurs et 5 500 cartouches à la douane de Quartier Morin, dans le département du Nord. Trois individus ont été interpellés à cette occasion.
Le bastion de «Barbecue» visé
Les opérations, dont l’objectif est de démanteler les foyers de gangs notamment à La Saline, Bel Air et Bas-Delmas, se poursuivent. Appuyée par la Task Force, la PNH a récemment intensifié ses actions dans le quartier de Delmas 6, considéré comme un bastion de Jimmy Chérisier, alias «Barbecue», chef de la coalition criminelle Viv Ansanm, classée organisation terroriste par les États-Unis.
Des images largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des frappes d’une extrême violence, ayant entraîné la destruction de plusieurs bâtiments, tandis que des présumés bandits tentant de résister aux assauts auraient été mortellement atteints. À ce stade, la PNH n’a toutefois fourni aucune confirmation à ce sujet.
Protéger les civils et prévenir les dommages collatéraux
Tout en saluant les avancées enregistrées, l’organisation Konbit pour la paix et le développement appelle à l’élaboration de stratégies visant à assurer la protection des populations civiles et à limiter les dommages collatéraux. La sécurité des civils doit constituer une priorité absolue, insiste Fritznel Pierre, qui recommande la mise en place de mécanismes rigoureux d’identification des cibles afin d’éviter des pertes humaines innocentes.
Il préconise également la facilitation des déplacements des habitants ainsi que l’aménagement de sites d’accueil répondant à des conditions de dignité acceptables. Le défenseur des droits humains plaide en outre pour l’instauration de couloirs humanitaires durant les opérations, afin de permettre l’évacuation sécurisée des blessés.
Fritznel Pierre attire enfin l’attention sur la situation de personnes retenues de force dans certains quartiers sous la menace de gangs lourdement armés. Dans des zones telles que Simon Pelé, des sommes importantes seraient exigées de celles et ceux cherchant à fuir, déplore-t-il.
De son côté, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a déjà recensé 5 800 personnes déplacées à la suite des violences armées perpétrées depuis le vendredi 8 janvier 2026 à Port-au-Prince, notamment dans les quartiers de Bel Air, Wharf Jérémie, La Saline, Delmas 2, Saint-Martin et Tokyo.


