Haïti se donne une feuille de route pour des élections en 2026, sous conditions

Darbouze Figaro
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Pour la première fois depuis près d’une décennie, Haïti a un calendrier électoral. Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) a fixé au 30 août 2026 le premier tour des élections présidentielles et législatives. Cependant, cette annonce, saluée par la communauté internationale, est assortie de conditions préalables cruciales, dont la sécurisation du territoire, un défi de taille dans un pays en proie à la violence des gangs.

Un calendrier électoral après dix ans d’attente

Le CEP a officiellement remis, vendredi 14 novembre 2025, le projet de décret électoral et le calendrier détaillé au Conseil Présidentiel de Transition. C’est la première fois depuis les élections contestées de 2015 que des dates concrètes sont avancées pour une compétition électorale en Haïti.

Selon ce calendrier, le premier tour des élections législatives et présidentielles est prévu le 30 août 2026. Le second tour, qui comprendra également les élections des collectivités territoriales, est programmé pour le 6 décembre 2026.

La campagne électorale pour le premier tour s’étalera du 15 mars au 29 août 2026, tandis que les résultats définitifs du premier tour seront publiés le 3 octobre 2026. Le pays devrait avoir de nouveaux dirigeants élus investis autour du 20 janvier 2027.

Des préalables incontournables : sécurité, finances et délais

Dans un communiqué publié concomitamment à la remise des documents, le CEP a immédiatement tempéré l’enthousiasme en conditionnant la réalisation de ce calendrier au respect de « certains préalables ». L’institution électorale a insisté sur quatre points essentiels : la publication rapide du décret électoral ; un climat sécuritaire acceptable ; la disponibilité des moyens financiers nécessaires ; la continuité des actions initiées par le CEP.

Ce dernier point souligne la difficulté opérationnelle. La distribution du matériel électoral, prévue du 12 au 28 août 2026, représente un défi logistique et sécuritaire majeur. En effet, la plupart des communes de l’Ouest et de l’Artibonite, qui concentrent plus de 60 % du corps électoral, sont sous le contrôle total ou partiel de groupes armés criminels.

Malgré ces défis, l’annonce a été saluée par la communauté internationale, qui pousse depuis des mois pour une sortie de crise par les urnes. L’ambassade des États-Unis en Haïti a publié une déclaration officielle pour « saluer les récentes avancées ».

L’ambassadeur Dennis Hankins a souligné que « l’avenir d’Haïti appartient aux Haïtiens eux-mêmes », tout en félicitant les autorités pour ces premières étapes. Washington a exprimé son attente de voir publié rapidement un échéancier « ambitieux et réaliste », qualifié d' »essentiel pour donner l’élan nécessaire » à l’organisation du vote. Les États-Unis ont réaffirmé leur soutien aux forces haïtiennes pour le rétablissement de la sécurité et d’une gouvernance stable.

Une perspective fragile

La publication de ce calendrier marque une étape symboliquement forte dans la crise politique haïtienne. Elle offre une perspective de retour à un ordre constitutionnel. Cependant, la route vers les urnes en 2026 s’annonce longue et semée d’embûches. La capacité de l’État à rétablir un minimum de sécurité, à débloquer les fonds nécessaires et à maintenir la dynamique politique sera scrutée à chaque étape. Pour de nombreux Haïtiens, la date du 30 août 2026 reste une projection lointaine, suspendue à la capacité des autorités à créer les conditions permettant simplement au peuple de voter.

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