L’Observatoire international pour la démocratie et la gouvernance (OIDG) a pris acte de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), en vertu de l’accord du 3 avril 2024, et la prise en charge de la gouvernance politique du pays par le Conseil des ministres sortant, sous la direction du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Dans un communiqué samedi soir, l’organisation en a appelé à une large concertation regroupant toutes les forces vives de la nation dans l’objectif de parvenir à un consensus sur la mise en place d’un exécutif bicéphale de transition.
L’OIDG observe que la période ayant précédé la fin du mandat du CPT a été marquée par plusieurs initiatives diplomatiques et politiques visant à assurer une passation de pouvoir ordonnée et à tracer une voie claire pour la suite de la transition.
D’une part, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) a exercé son rôle de facilitation en identifiant les principales parties prenantes haïtiennes et en les conviant à une rencontre destinée à jeter les bases d’un cadre politique consensuel pour la phase à venir.
D’autre part, le Congrès patriotique a organisé des rencontres avec des acteurs clés, incluant les parties prenantes consultées par la CARICOM. L’objectif avéré était d’harmoniser les positions et de dégager un mécanisme de gouvernance largement accepté. Lors de ces discussions, une écrasante majorité des participants s’est prononcée en faveur d’un exécutif bicéphale (Président et Premier ministre) pour piloter la transition. Cependant, un consensus n’a pu être atteint sur l’identité des personnalités appelées à occuper ces fonctions.
L’OIDG note également qu’à la suite de la rencontre du Congrès patriotique, un échange s’est tenu avec la CARICOM. Au cours de cet échange, un principe important a été réaffirmé : pour cette phase cruciale devant mener à la restauration des institutions électives, la gouvernance exécutive devrait être confiée à des technocrates impartiaux, sans allégeance politique partisane. Cette orientation vise à garantir que l’objectif ultime – la tenue d’élections crédibles et la transmission du pouvoir à des dirigeants élus d’ici le 7 février 2027 – reste la priorité absolue et ne soit compromise par des calculs politiques de court terme.
Par ailleurs, l’OIDG a pris acte des assises organisées du 1er au 3 février 2026 par certains membres de l’ancien CPT avec diverses parties prenantes. Ces discussions portaient sur l’établissement des mécanismes de gouvernance et les critères de choix des personnalités appelées à conduire cette transition. Les initiateurs de cette démarche la considéraient comme une étape préalable nécessaire à une passation de pouvoir effective le 7 février.
L’OIDG constate avec une vive préoccupation que malgré ces multiples efforts, les différentes initiatives n’ont pas permis d’aboutir, à la date du 7 février 2026, à un accord politique opérationnel pour la mise en place d’un nouvel exécutif légitime et pleinement fonctionnel.
Face à cette situation, le président de l’OIDG, Dr Ambroise Guillaume, exhorte avec insistance le Conseil des ministres sortant, sous la direction du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, à assumer pleinement sa responsabilité historique. Il doit convoquer sans délai, dans un esprit d’urgence nationale, une large concertation regroupant toutes les forces vives de la nation. L’objectif immédiat doit être de dégager, dans les plus brefs délais, un accord incontestable sur la mise en place d’un exécutif bicéphale de transition. Cet exécutif aura pour mandat impératif et exclusif d’organiser, en toute neutralité et avec le soutien de la communauté internationale, des élections libres, transparentes et inclusives, permettant une passation de pouvoir aux autorités élues avant le 7 février 2027.
Au-delà de l’urgence immédiate, le sociologue Guillaume rappelle avec force que la crise haïtienne est structurelle et exige une vision à long terme. Il est impératif d’instaurer un dialogue national sincère et inclusif visant à forger un pacte de gouvernabilité pour les 25 prochaines années. Ce pacte doit porter sur les fondements de l’État de droit, la réforme des institutions, la lutte contre la corruption et l’impunité, et la définition d’un projet de société partagé.
Pour nourrir ce dialogue essentiel, l’OIDG met à la disposition des acteurs haïtiens et de la communauté internationale deux outils majeurs :
Les Actes du Forum de l’OIDG sur la crise haïtienne : Ce document synthétise les analyses et recommandations issues d’échanges multipartites et propose des pistes concrètes pour une refondation de la gouvernance en Haïti.
L’étude historique sans précédent : « Évaluation de la qualité de la gouvernance politique en Haïti de 1804 à 2025 » : Réalisée sous la direction de l’éminent professeur et chercheur universitaire Jean-Antoine Mathias Lauréus, à la demande de l’OIDG, cette recherche offre un éclairage scientifique inédit sur les patterns de gouvernance, leurs succès et leurs échecs sur plus de deux siècles d’histoire. Elle constitue un instrument précieux pour comprendre les racines des maux actuels et pour éviter la répétition des erreurs du passé.
Le sociologue Ambroise Guillaume lance un appel solennel à tous les acteurs haïtiens à placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des intérêts particuliers et des ambitions personnelles. Il appelle la communauté internationale à maintenir son engagement en soutenant fermement un processus de dialogue inclusif devant permettre une solution viable à a crise multidimensionnelle que traverse Haïti depuis des décennies.


