À l’approche de l’échéance du 7 février 2026, date de fin théorique du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), une initiative de médiation tente d’esquisser une sortie de crise. L’évêque d’Anse-à-Veau et de Miragoâne, Monseigneur Pierre André Dumas, a accepté de conduire ce dialogue à la demande d’une quinzaine de coalitions issues des secteurs politique, économique et de la société civile.
Dans une correspondance adressée au président du CPT, Laurent Saint-Cyr, le prélat confirme avoir répondu favorablement à cette sollicitation. L’objectif est de rapprocher les positions des acteurs pour parvenir à un accord avant la date butoir, évitant ainsi au pays un vide institutionnel périlleux. Mgr Dumas précise que plusieurs propositions sont à l’étude, mais qu’aucun consensus n’a encore émergé.
Cette initiative est accueillie positivement par de nombreux responsables nationaux et par la communauté internationale. Des acteurs politiques et sociaux y voient « un signal fort de responsabilité morale ». La structure de la société civile Akò LARIA estime que cette médiation pourrait ouvrir la voie à une sortie de crise durable, sous réserve d’un effort de « discernement, de bonne foi et de responsabilité collective ». La CARICOM, l’Organisation des États américains et le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) se sont dits prêts à accompagner le processus.
Cependant, la médiation proposée rencontre déjà une opposition virulente. L’ancien Premier ministre Jean Henry Céant a publiquement rejeté la proposition, estimant que l’évêque « ne présente pas les garanties de neutralité nécessaires ». Pour justifier sa position, M. Céant invoque un document cosigné par le prélat en mars 2024, dans lequel certaines personnalités sanctionnées par la communauté internationale étaient dénoncées. Selon lui, cette prise de position publique compromet l’impartialité requise d’un médiateur.
Le CPT réaffirme son départ, malgré les incertitudes
Cette initiative de médiation survient dans un contexte où les positions au sein même du pouvoir de transition semblent parfois divergentes. Samedi, le conseiller-président Leslie Voltaire a fermement réaffirmé que le CPT remettrait le pouvoir le 7 février 2026, conformément à l’accord du 3 avril 2024. « À partir du 8 février, nous serons illégitimes », a-t-il déclaré, excluant toute prolongation.
« Nous avons signé, nous partirons », a insisté M. Voltaire, précisant s’exprimer au nom des neuf membres du Conseil. Cette déclaration vise à clarifier la position de l’exécutif face aux rumeurs selon lesquelles certains de ses membres souhaiteraient prolonger leur mandat.
Interrogé sur l’organisation des élections dans un contexte sécuritaire toujours délétère, M. Voltaire s’est montré confiant, évoquant une « mobilisation accrue » des forces de l’ordre. Lors de son déplacement à Jacmel, il a également présenté les grandes lignes d’un projet de développement touristique pour la ville à l’horizon 2030.
Alors que le compte à rebours est engagé, l’acceptation de Mgr Dumas place l’Église catholique au cœur d’une tentative de dernier recours pour forger un consensus minimal. Le succès de cette médiation, bien que saluée par une large partie des acteurs, reste incertain. Il dépendra de la capacité des forces politiques à transcender leurs divisions et à privilégier l’intérêt national face à l’urgence d’une transition qui s’annonce critique.


