À moins de trois semaines de la fin de son mandat, prévue le 7 février 2026, le Conseil présidentiel de transition (CPT) haïtien est secoué par une grave crise interne. Cinq de ses sept membres ont paraphé, mercredi, une résolution visant à renvoyer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Les signataires sont Fritz Alphonse Jean, Leslie Voltaire, Louis Gérald Gilles, Edgard Leblanc Fils et Smith Augustin. Jeudi après-midi, le document n’avait pas encore été transmis aux presses nationales pour publication dans le Moniteur, le journal officiel. Selon plusieurs sources, le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, refuserait d’en assurer le suivi. Il aurait même été menacé de destitution par les conseillers signataires s’il ne le transmettait pas.
Dans une correspondance envoyée mercredi soir aux autres membres, M. Saint-Cyr a exprimé son opposition catégorique. « Je m’oppose à toute résolution visant à remettre en cause la stabilité gouvernementale à l’approche du 7 février et dénonce toute tentative de précipitation ou de prise de décisions majeures sans un dialogue élargi, structuré et véritablement représentatif », a-t-il écrit. Il a estimé que les consultations n’avaient pas atteint « le niveau d’inclusivité et de représentativité nécessaire » et en a appelé à « la prudence, à la retenue et au sens de la responsabilité collective ».
M. Saint-Cyr a estimé que « cette transition politique appartient au peuple haïtien » et doit prioriser la sécurité, les élections et la relance économique. Il a salué les acteurs ayant répondu à l’appel au dialogue, tout en mettant en garde : « À l’approche d’échéances institutionnelles majeures pour la Nation, toute initiative susceptible d’alimenter l’instabilité, la confusion ou la rupture de confiance comporte des risques sérieux pour le pays. »
Cette initiative intervient en dépit d’une mise en garde ferme de Washington. Dans une note rendue publique mercredi soir, le gouvernement américain a averti que toute tentative de modification de la composition du gouvernement à ce stade serait considérée comme « une manœuvre visant à saper [la stabilité] et, de ce fait, serait nulle et non avenue ». Le texte ajoute, sur un ton menaçant, que les États-Unis « prendront les mesures qui s’imposent » contre ses soutiens, qualifiant l’initiative de « déstabilisatrice » et « favorable aux gangs ». L’ONU aurait également fait part de ses préoccupations.
De son côté, le Canada a appelé jeudi tous les membres du CPT à respecter leur engagement de quitter leur fonction le 7 février et à ne pas freiner les progrès vers des élections, brandissant lui aussi la menace de sanctions.
« Le Canada demeure prêt à prendre des mesures contre tout acteur dont les actions compromettent la paix, la sécurité et la stabilité d’Haïti, peut-on lire dans les messages de l’ambassade canadienne à Port-au-Prince.
La France a, quant à elle, publié un message perçu comme un soutien au Premier ministre, évoquant une rencontre tenue jeudi avec Alix Didier Fils-Aimé.
Les premières réactions locales ont fustigé la prise de position internationale notamment des Etats-Unis, y voyant une ingérence. Cette défense ouverte du Premier ministre par Washington ajoute une dimension géopolitique complexe à la crise politique et sécuritaire que traverse le pays, déjà en proie à une violence gangréneuse et à un effondrement humanitaire.


