Haïti : Le Conseil de sécurité de l’ONU renouvelle et redéfinit le mandat du BINUH jusqu’en 2027

Darbouze Figaro

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté ce mercredi une résolution prorogeant d’un an le mandat de son Bureau intégré en Haïti (BINUH), jusqu’au 31 janvier 2027. Porté par les États-Unis et le Panama, le texte entérine un rééquilibrage des priorités de cette mission politique spéciale, désormais centrée sur le soutien au processus électoral critique prévu en 2026, l’appui à la réforme judiciaire et la coordination avec la Force internationale de répression des gangs.

Cette décision intervient dans un contexte de stagnation politique profonde et d’une crise humanitaire et sécuritaire qui continue de se dégrader, faisant de Haïti l’un des dossiers les plus urgents et complexes à l’agenda du Conseil.

Le préambule de la résolution dresse un bilan sans fard de la situation. Le Conseil réaffirme son attachement à la souveraineté haïtienne mais exprime sa « profonde préoccupation » face au manque de progrès dans la transition politique. Il réitère le rôle essentiel des « bons offices » du BINUH pour faciliter un processus « dirigé par les Haïtiens ».

Sur le plan sécuritaire, le texte condamne avec « la plus grande fermeté » l’augmentation des violences, des activités criminelles et des violations des droits humains. Il cite explicitement les violences sexuelles, la traite des personnes, les homicides, les exécutions extrajudiciaires et le recrutement d’enfants par les gangs. Une inquiétude particulière est visée à la circulation continue d’armes illicites vers Haïti, réaffirmant l’urgence de faire respecter l’embargo à destination des acteurs non étatiques.

Le Conseil souligne également la situation critique des conditions de détention et la nécessité de renforcer l’appareil judiciaire. Il prend note de la création, par décret en avril 2025, de pôles judiciaires spécialisés pour les crimes financiers (corruption) et les crimes de masse (violences des gangs et sexuelles), dont il attend la pleine opérationnalisation avec l’appui de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

La résolution procède à une révision opérationnelle du mandat du BINUH, structurée autour de trois axes principaux :

1. Accompagnement du processus politique et électoral
La mission a pour tâche d’utiliser ses bons offices pour faciliter le dialogue national et soutenir le processus constitutionnel. Son rôle le plus visible sera de soutenir l’organisation et la tenue d’élections crédibles – municipales, parlementaires et présidentielles – actuellement prévues en 2026, et d’œuvrer à un transfert pacifique du pouvoir. Le BINUH est également chargé de coordonner l’assistance électorale internationale en coopération avec la CARICOM, l’OEA et d’autres acteurs.

2. Appui à la sécurité, à la justice et à la lutte contre l’impunité
C’est sur cet axe que la coordination avec la Force de répression des gangs (FRG) est rendue explicite. Le BINUH doit aider les autorités à concevoir un programme de désarmement, démantèlement et réintégration (DDR) « dirigé par les Haïtiens ». Il est aussi mandaté pour aider à remédier au problème de la détention provisoire prolongée en appuyant les institutions judiciaires.
Par ailleurs, la mission renforce son volet monitoring et protection des droits humains. Elle doit « assurer la veille » des violences, activités criminelles et atteintes aux droits, notamment les violences sexuelles, et s’assurer que son Groupe des droits humains dispose des capacités nécessaires pour y répondre et aider les autorités nationales.

3. Coordination et coopération renforcées
La résolution met un accent particulier sur la nécessité d’une intégration parfaite des activités du BINUH avec l’ensemble du système des Nations Unies en Haïti, notamment le Bureau d’appui (BANUH), ainsi qu’avec la FRG et les autorités haïtiennes. L’objectif est d’assurer une approche cohérente en matière de sécurité, de politique et de stabilisation, tout en évitant les doubles emplois.
Le BINUH est aussi prié de coopérer avec le Comité des sanctions sur Haïti et son Groupe d’experts pour faciliter l’application des mesures, notamment l’embargo sur les armes.

La résolution demande au Secrétaire général de rendre compte tous les 90 jours de la mise en œuvre du mandat. Elle prie également l’ONUDC de rapporter tous les six mois sur l’évolution de la criminalité transnationale organisée (trafic d’armes, crimes financiers) et sur l’appui fourni.

Enfin, une demande spécifique est faite au Secrétaire général : présenter sous 90 jours un rapport détaillant les options et coûts pour un soutien international à un programme de DDR et à la réforme de la justice, en optimisant les efforts et dépenses actuels.

Ce renouvellement traduit la volonté du Conseil de sécurité de maintenir un engagement politique international substantiel en Haïti, tout en reconnaissant que la solution doit être portée par les Haïtiens eux-mêmes. Le recentrage sur le calendrier électoral de 2026 en fait un mandat charnière : son succès se mesurera largement à sa capacité à accompagner une sortie de crise politique crédible et pacifique.

La coordination avec la FRG, mentionnée explicitement, est cruciale. Elle vise à créer une synergie entre l’action politique et de renforcement de l’État (portée par le BINUH) et l’action de sécurisation (portée par la force internationale), deux volets indissociables de toute stratégie de stabilisation.

Toutefois, le mandat se déploie dans un environnement extrêmement contraignant. La capacité des autorités haïtiennes de transition à organiser des élections dans un pays en proie à l’insécurité et à une défiance populaire généralisée reste la grande inconnue. La pression est désormais sur le Représentant spécial du Secrétaire général et son équipe pour traduire ce mandat renouvelée en progrès tangibles sur le terrain, alors que la population haïtienne attend des résultats concrets.

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