Auditionné mardi par une commission du Sénat américain, le chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Henry P. Wooster, a dressé un tableau alarmant de la situation haïtienne. Entre une police exsangue, des gangs proto-insurrectionnels et une économie en chute libre, le diplomate a détaillé la feuille de route de Washington pour éviter le pire : stabilité et endiguement migratoire.
D’entrée de jeu, Henry P. Wooster a frappé fort. La menace qui pèse sur Haïti n’est plus celle d’une simple délinquance armée : c’est une « menace immédiate pesant sur la survie de l’État haïtien ». Le diplomate a décrit une coalition d’une vingtaine d’organisations armées que Washington, depuis 2025, qualifie officiellement d’« organisations terroristes étrangères ». Viv ansanm et Gran grif figurent en tête de liste, leurs actions s’apparentant désormais à des « mouvements proto‑insurrectionnels ».
Le rapport de force est saisissant. Selon M. Wooster, les gangs compteraient environ 12 000 membres, dont près de 3 000 « particulièrement bien armés et expérimentés ». Face à eux, la Police nationale d’Haïti (PNH) aligne officiellement 6 000 agents, mais seuls 400 d’entre eux — « et souvent moins » — sont réellement aptes au combat. Un déséquilibre qui justifie, aux yeux de l’administration américaine, une intervention extérieure massive.
La force GSF : une coalition sous mandat onusien dès mai
L’annonce majeure de cette audition concerne le calendrier de la Force de répression des gangs (GSF). Poussée par la diplomatie américaine, la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations unies autorise le déploiement de 5 500 militaires et policiers en uniforme. Objectif : mener des « opérations ciblées, fondées sur le renseignement » pour neutraliser, isoler et dissuader les gangs.
« Quinze pays ont promis plus de 11 000 personnels pour la GSF », s’est félicité le chargé d’affaires. La liste des 5 500 membres de la force a été approuvée la semaine dernière. Les premières unités arriveront en avril ; les opérations de « nettoyage » débuteront en mai.
« La GSF travaillera dès le premier jour à se rendre elle-même inutile », a-t-il toutefois nuancé, en insistant sur le renforcement parallèle des capacités haïtiennes.
Le piège économique : quand les gangs deviennent « la seule source de revenus fiable »
Au-delà du volet sécuritaire, Henry P. Wooster a livré une analyse implacable des racines du mal. « Les gangs en Haïti prospèrent par nécessité, non par idéologie », a-t-il asséné.
Les chiffres qu’il a cités sont accablants : sept années consécutives de contraction économique, plus de 1,4 million de personnes déplacées. Dans ce désert d’opportunités, l’enrôlement devient une stratégie de survie. « Plus de 34 % des enfants âgés de 5 à 14 ans sont contraints de travailler, y compris pour des gangs », a-t-il révélé, citant les données du Département du Travail américain.
La réponse américaine ? Un appel pressant au Congrès pour réautoriser les programmes HOPE/HELP, indispensables à la survie de l’industrie textile haïtienne, et une refonte des forces armées haïtiennes (FAd’H). « Le service militaire offre aux jeunes une alternative à l’enrôlement », a plaidé M. Wooster, saluant l’autorisation récente d’un soutien « non létal » aux FAd’H.
Le diplomate a résumé la doctrine américaine en Haïti. « L’objectif des États-Unis se résume en un mot : la stabilité », a-t-il déclaré, avant d’en expliquer : « éviter l’effondrement de l’État, et empêcher toute migration illégale massive vers les côtes américaines ».
À Port-au-Prince, un plaidoyer qui fait écho
Paradoxalement, le constat du diplomate américain a reçu un accueil favorable dans la capitale haïtienne. Plusieurs observateurs locaux ont regretté que ce soit un officiel étranger, et non les autorités haïtiennes elles-mêmes, qui dresse un tableau si précis de l’agonie du pays devant la communauté internationale.
« Les problèmes d’Haïti sont graves, mais des progrès sont possibles », a conclu Henry P. Wooster.


