Haïti dote son enseignement supérieur d’un organe de régulation

CTN News
Par CTN News
Categories: Éducation Haïti

Port-au-Prince, vendredi 27 février 2026_ Le  27 février 2026 marque un tournant pour l’enseignement supérieur en Haïti avec le lancement officiel de l’Agence nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANESRS).

À travers son opérationnalisation, l’État entend instaurer une régulation renforcée, garantir une évaluation rigoureuse des institutions et définir une orientation stratégique claire pour le secteur universitaire et la recherche scientifique.

Lors de la cérémonie, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Augustin Antoine, a mis en avant l’enjeu central de cette réforme.

« Le développement d’une nation n’est plus le produit fortuit de ses ressources naturelles, mais celui de son capital humain, de son capital scientifique », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de placer la formation et la production de savoir au cœur des priorités nationales.

Le président de l’ANESRS, Hérold Toussaint, a pour sa part souligné l’exigence de rigueur scientifique qui devra encadrer l’action de la nouvelle institution.

« La rigueur scientifique n’est pas une contrainte bureaucratique, c’est le socle même de la crédibilité institutionnelle, de l’innovation responsable et de la fertilité intellectuelle d’une nation », a-t-il affirmé, appelant à une culture d’excellence et de responsabilité dans le milieu académique.

Intervenant également, représentant de l’UNESCO en Haïti, Eric Voli Bi,  a insisté sur l’urgence d’adapter les formations aux réalités socioéconomiques du pays.

« Dans une économie de crise, nous n’avons plus le luxe de former des diplômés pour un marché inexistant. La pertinence des formations doit répondre à l’urgence de la reconstruction », a-t-il soutenu.

L’entrée en fonction de l’ANESRS traduit ainsi une volonté politique affirmée : structurer durablement l’enseignement supérieur, encadrer efficacement la recherche scientifique et replacer l’exigence académique au centre du redressement national.

Au début du mois de février, le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) avait  annoncé que toutes questions relatives à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche Scientifique relève désormais de la compétence de l’Agence Nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (ANESRS), dans une note d’information adressée notamment aux Institutions d’Enseignement Supérieur (IES) publiques et privées, ainsi qu’aux partenaires nationaux et internationaux .

Le ministère informait  que dans le cadre de cette transition, il poursuivra le traitement et la finalisation des dossiers actuellement en cours jusqu’au 27 février 2026.

Cette note d’information faisait  suite à une note de dénonciation à propos des décisions du Pouvoir exécutif sur l’enseignement supérieur en Haïti du Conseil de l’Université d’État d’Haïti (CUEH), où le conseil dénonçait et contestait la décision du Pouvoir exécutif d’installer un organe de régulation de l’enseignement supérieur en dehors des normes constitutionnelles en vigueur. Une telle démarche constitue une violation manifeste de la hiérarchie des normes juridiques, disait-il.

Le CUEH rappelait que, depuis l’adoption du Décret du 11 mars 2020 portant organisation, fonctionnement et modernisation de l’enseignement supérieur, il a entrepris de nombreuses démarches visant à dénoncer le caractère anticonstitutionnel de ce texte, contraire aux principes d’autonomie et d’indépendance de l’UEH consacrés par la Constitution haïtienne de 1987, notamment en ses articles 32, 208 et 209.

Historiquement, «l’Université d’État d’Haïti a toujours défendu les principes démocratiques et a constamment fait échec aux velléités autoritaires et antidémocratiques des dirigeants de différentes époques. C’est pourquoi le CUEH exige le retrait immédiat du décret du 11 mars 2020, ainsi que de l’ensemble des mesures administratives qui en découlent. »

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