Les conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgar Leblanc Fils, ainsi que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ont effectué, le samedi 20 décembre, une visite à Solino, un quartier de Port-au-Prince où le calme est revenu après plus d’un an de terreur des gangs. Présentée par les autorités comme un « acte politique fort » marquant le « retour concret de l’État », cette sortie dans le cadre du programme « Retour au quartier » suscite autant d’espoirs que de scepticisme parmi les déplacés, qui attendent des actes concrets et une sécurité pérenne.
Pour la première fois depuis plus d’un an, des hauts responsables de l’État ont pu pénétrer dans le quartier de Solino. La visite, le samedi 20 décembre, des conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgar Leblanc Fils, et du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, avait des allures de symbole. Elle vise à marquer, selon une note officielle, « le retour concret de l’État dans un quartier longtemps éprouvé » et à envoyer « un message clair : aucun territoire de la République ne sera abandonné ».
Cette descente sur le terrain s’inscrit dans le programme « Retounen Lakay » (« Retour au quartier »), dont l’objectif affiché est de « réaménager, reconstruire ce qui a été brisé, mettre en sécurité pour faire retourner la population vivre sans avoir le cœur qui bat trop fort ». Accompagnés des ministres de l’Intérieur et des Travaux publics, ainsi que du coordinateur du programme, les autorités ont arpenté les rues de ce secteur de la capitale haïtienne, autrefois vibrant et aujourd’hui dévasté.
Solino, comme de nombreux quartiers de la région métropolitaine, a été sous le joug de la coalition criminelle « Viv Ansanm » pendant plus d’un an. Les gangs ont semé la terreur, poussant des milliers d’habitants à fuir. Commerces et maisons ont été systématiquement dévalisés puis incendiés, laissant derrière eux un paysage de ruines.
En août 2025, le chef de « Viv Ansanm », Jimmy Chérizier, alias « Barbecue », avait paradoxalement lancé un appel au calme, invitant les déplacés à revenir. Un retour qui s’avère un cauchemar pour la majorité. « Ils ont tout emporté ou tout détruit. Il ne reste rien. Et comment revenir sans sécurité ? », interroge une habitante réfugiée à Bourdon depuis dix mois, sous couvert d’anonymat. Comme elle, des centaines de familles survivent dans des camps de fortune, préférant « suivre l’évolution » avant d’envisager un retour.
Un point crucial assombrit le discours officiel de reconquête étatique : aucune opération d’envergure des forces de l’ordre n’a été menée à Solino pour reprendre le quartier aux gangs. Ce sont les groupes armés eux-mêmes qui ont pris la décision de se retirer. L’État organise donc sa visite et son programme dans un espace que les gangs ont bien voulu lui céder, pour des raisons qui restent opaques.
Cette réalité nourrit le scepticisme d’une partie de la population et des observateurs. Pour beaucoup, la visite ressemble à une opération de communication, voire à un « show médiatique », orchestré par des autorités de transition dont le mandat théorique s’achève le 7 février 2026.
La présence des ministres de l’Intérieur et des Travaux publics laisse entrevoir la promesse d’un plan de reconstruction et de sécurisation. Cependant, le temps presse et la confiance est rompue. Des marches ont été organisées ces derniers mois par des déplacés réclamant le droit de retourner chez eux en sécurité. Ils demandent une présence effective et durable de l’État.
Alors que le gouvernement dit vouloir « réaffirmer son autorité, sa proximité avec la population et sa détermination à restaurer l’ordre, la dignité et la paix », le défi est immense. Il ne s’agit plus seulement de constater les dégâts, mais d’engager des actions concrètes, rapides et transparentes pour sécuriser, reconstruire et permettre un retour digne. Pour les habitants de Solino, l’épreuve des mots est passée. Celle des actes commence maintenant, sous le regard inquiet d’une population qui a trop souvent été déçue.


