Haïti à la croisée des chemins : Ultimes négociations pour une transition post-7 février

Darbouze Figaro
Categories: Haïti Politique

Dans un contexte de crise politique aiguë et à l’approche de l’échéance hautement symbolique du 7 février 2026, marquant théoriquement la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), un nouveau round de discussions cruciales a été lancé dimanche.

Sous la houlette des conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils, les assises de suivi du « dialogue politique interhaïtien » se sont ouvertes dans un hôtel de Pétion-Ville. Prévues du 1er au 3 février, ces consultations réunissent plusieurs centaines de représentants des sphères politique, religieuse, syndicale et de la société civile.

L’objectif déclaré est clair : tenter de forger un nouvel accord politique pour assurer une transition pacifique et ordonnée au-delà du 7 février, date à laquelle l’actuel CPT, installé en avril 2024 sous l’égide de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), voit son mandat initial prendre fin.

À l’ouverture des travaux, Edgard Leblanc Fils a insisté sur la nécessité impérieuse de ce nouvel accord. Il le présente comme le cadre indispensable pour « redéfinir la gouvernance nationale » et offrir un mandat clair aux autorités de l’État après le 7 février. Les discussions doivent ainsi identifier les « éléments structurants » de cet accord et définir l’architecture de l’exécutif de transition, dans le but premier d’assurer la continuité de l’État.

Deux jours avant le coup d’envoi de ces assises, une rencontre virtuelle a été organisée vendredi par la CARICOM. Le Groupe des Éminentes Personnalités (GPE) de l’organisation régionale, architecte du CPT actuel ayant « piteusement échoué », avait convié une trentaine d’acteurs haïtiens.

L’enjeu de cette réunion, selon des participants, était de recueillir les positions haïtiennes sur l’après-7 février, avant une consultation des pays amis d’Haïti par la CARICOM. Un message ferme a été délivré : en l’absence d’accord avant le 7 février, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et son gouvernement resteraient en fonction pour assurer la continuité administrative, selon des informations du journal haïtien le Nouvelliste.

Face à cette perspective, les participants haïtiens avaient demandé un délai de 72 heures à la CARICOM pour tenter de présenter une proposition commune. Comme le résume l’avocat André Michel, représentant du Groupe de réflexion et de l’accord du 21 décembre, l’urgence est de « trouver une solution politique minimale » pour éviter « toute situation d’incertitude ». Il affirme qu’un consensus existe parmi les participants pour clore cette transition au plus tard le 7 février 2027, avec l’installation de dirigeants issus d’élections.

Le processus met en lumière l’ambiguïté du rôle de la CARICOM. Si en 2024 elle avait été mandatée par les autorités haïtiennes d’alors pour médiatiser la crise, la donne semble avoir changé. « Ce ne sont pas les acteurs haïtiens qui ont sollicité les bons offices » du GPE cette fois, note Me André Michel au Nouvelliste. Il explique cette nouvelle implication par la dernière feuille de route de l’Organisation des États Américains (OEA), qui attribue formellement à la CARICOM la responsabilité de conduire le dialogue politique, avec l’appui de l’OEA et de la Mission des Nations Unies en Haïti (BINUH).

Cependant, l’issue des pourparlers reste suspendue à plusieurs inconnues. Jusqu’à ce lundi 2 février, aucune information n’avait filtré concernant une nouvelle rencontre avec la CARICOM, ni sur l’éventuelle émergence d’une proposition commune des acteurs haïtiens.

La course contre la montre est engagée. D’un côté, la pression internationale qui prône la stabilité immédiate et menace d’une prolongation de facto du gouvernement actuel. De l’autre, une classe politique haïtienne tentant de trouver un fragile consensus « maison » pour redéfinir les règles de la transition, tout en étant consciente de l’échec patent du cadre précédent. Cette semaine est décisive pour savoir si Haïti peut éviter un nouvel écueil institutionnel ou si elle s’enfonce dans une prolongation incertaine de la crise.

Partager cet article