En trente et un jours, au moins 299 personnes ont perdu la vie dans un climat de violence généralisée en Haïti, selon le rapport mensuel de l’Organisation pour la défense des droits humains (ORDEDH), rendu public mercredi 11 février 2026. Jamais, depuis le pic de 2024, où au moins 800 personnes ont été tuées, blessées ou kidnappées, le pays n’avait connu un mois de janvier aussi meurtrier.
Le rapport de l’ORDEDH est sans appel. Près de la moitié des homicides recensés en janvier — 42,81 % très exactement — sont attribués aux groupes armés, et tout particulièrement à la coalition « Viv Ansanm », devenue en quelques mois la principale machine à tuer du pays. Loin des affrontements entre gangs et forces de l’ordre, ce sont les civils qui paient le plus lourd tribut : ils représentent 32,11 % des victimes, prises pour cibles, prises au piège, ou simplement « au mauvais endroit, au mauvais moment ».
Face à cette hégémonie criminelle, la Police nationale d’Haïti (PNH) apparaît plus que jamais dépassée. Ses interventions directes ne sont impliquées que dans 0,33 % des décès — un chiffre qui en dit long sur l’incapacité de l’institution à endiguer la marée noire qui submerge le pays.
La cartographie de la terreur dressée par l’ORDEDH confirme la concentration des violences dans le département de l’Ouest, qui totalise à lui seul 85,28 % des homicides. La zone métropolitaine de Port-au-Prince reste l’épicentre du séisme sécuritaire. Mais les secousses se font sentir ailleurs.
Le Centre et l’Artibonite enregistrent chacun 4,35 % des décès, signe que les groupes armés étendent leur influence au-delà des limites traditionnelles de la capitale. Plus inquiétant encore : des départements jusqu’ici relativement épargnés, comme le Nord ou le Sud, voient leur taux de mortalité violente osciller désormais entre 0,33 % et 2,34 %. La progression est lente, mais elle est réelle.
Parallèlement aux tueries, l’ORDEDH alerte sur une recrudescence des enlèvements. Malgré les déclarations de fermeté du gouvernement et les opérations de la PNH, le rapt est devenu une industrie florissante.
Le communiqué de l’organisation ne se contente pas de déplorer l’inaction : il met en cause directement la Direction générale de la PNH, dont il juge les « résultats opérationnels flous et largement insuffisants ». Une manière de dire que, dans la guerre qui oppose l’État aux gangs, ce n’est pas seulement la poudre qui manque : c’est la volonté.
« Cette incapacité à freiner les enlèvements crée un sentiment d’abandon total, où l’État semble spectateur de la détresse de ses propres citoyens livrés à la merci de prédateurs sans scrupules », écrit l’ORDEDH.
Le rapport ne se limite pas à un réquisitoire contre les autorités haïtiennes. Il pointe aussi du doigt la communauté internationale, jugée trop lointaine, trop timide, trop frileuse. « On ne peut plus se contenter d’observer de loin la descente aux enfers d’un peuple », martèle le texte. L’ORDEDH appelle à « une solidarité agissante » et à « une intervention diplomatique qui dépasse les simples promesses de soutien ».
Derrière cette formulation diplomatique, c’est une demande implicite de renforts sécuritaires qui se dessine — qu’il s’agisse d’équipements, de formation, ou d’un appui opérationnel plus direct. « Chaque jour de retard dans l’assistance technique et stratégique se traduit par de nouvelles pertes en vies humaines », insiste l’organisation.
Mais au-delà des bilans et des analyses stratégiques, c’est un peuple qui s’épuise. Les Haïtiens ne vivent plus : ils survivent. Ils ne sortent plus : ils se terrent. Les écoles ferment. Les commerces baissent le rideau. Les rires se sont tus.
« Ce ne sont pas que des statistiques, rappelle l’ORDEDH. Ce sont des familles décapitées et un tissu social qui se déchire un peu plus chaque jour sous le regard d’une société traumatisée. »
La conclusion du rapport ne laisse aucune place au doute. « L’heure n’est plus aux demi-mesures ni aux discours d’apaisement. L’effondrement des structures de protection de l’État impose une refonte totale de l’approche sécuritaire. »


