Gouvernance de transition: le Collectif du 4 Décembre réclame une « Chambre de contrôle » face à la concentration des pouvoirs

Darbouze Figaro
Categories: Haïti Politique

Dans une lettre adressée ce mercredi au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le Collectif du 4 Décembre tire la sonnette d’alarme. Alors que l’exécutif fonctionne désormais sans contrepoids institutionnel depuis le départ du Conseil présidentiel de transition, l’organisation et ses alliés exigent la création urgente d’une « Chambre de contrôle de la transition » (CCT). Objectif : instaurer un garde-fou démocratique contre les dérives d’un pouvoir désormais monocéphale.

« Gouverner sans garde-fous » ou « faire le choix courageux de la transparence » ? La formule, martelée dans une correspondance, dit l’urgence et l’inquiétude. Le Collectif du 4 Décembre est monté au créneau ce mercredi pour interpeller directement le chef du gouvernement.

Depuis le retrait du Conseil présidentiel de transition et l’instauration de fait d’un exécutif monocéphale, le Premier ministre concentre désormais seul la conduite des affaires publiques. Une situation « exceptionnelle », reconnait le Collectif, mais aussi « lourde de risques ». Dans sa lettre, l’organisation décrit un « État sans contrepoids institutionnels formels », exposé à des « dérives inhérentes à toute concentration prolongée du pouvoir exécutif ».

Le Collectif du 4 Décembre met particulièrement en garde contre la mainmise sur les ministères régaliens. « En toute démocratie, rappelle-t-il, ces portefeuilles ne sauraient être durablement placés sous l’autorité directe d’une seule et même personne. » Une concentration qui, même justifiée par les circonstances, « accroît les risques d’écarts, fragilise les mécanismes de contrôle et expose l’État à des dérives institutionnelles préjudiciables à l’intérêt général ».

Une proposition déjà déposée fin janvier

La requête n’est pas nouvelle. Dès le 22 janvier, le Collectif du 4 Décembre et ses partenaires avaient soumis au Premier ministre un premier document détaillant leur projet de Chambre de contrôle. Sans réponse officielle à ce jour. La nouvelle missive, datée du 11 février, se veut à la fois un rappel et une sommation.

La CCT, telle que dessinée par ses promoteurs, ne serait ni une institution concurrente de l’exécutif ni un gouvernement bis. Ses concepteurs la décrivent comme un « espace démocratique structuré, dédié au contrôle, à la transparence, à la participation citoyenne et à la bonne gouvernance ». Une instance de suivi et d’évaluation de l’action gouvernementale, chargée de réduire « les zones d’opacité » et d’instaurer « des pratiques de transparence active ».

Elle aurait également pour mission d’imposer aux ministres et hauts responsables un véritable « devoir de reddition de comptes » — explication publique des décisions, traçabilité de l’utilisation des ressources, évaluation des résultats. Objectif affiché : « restaurer la confiance profondément fragilisée entre l’État et la population ».

Au-delà du dispositif technique, c’est un appel politique que les organisations de la société civile adressent au chef du gouvernement. « L’Histoire retiendra, écrit le Collectif du 4 Décembre, que vous aviez la possibilité soit de gouverner sans garde-fous, soit de faire le choix courageux de la transparence, du contrôle démocratique et de la rupture avec les pratiques ayant conduit le pays à l’impasse actuelle. »

Le Collectif du 4 Décembre et ses alliés ne disent pas autre chose que ceci : le pouvoir personnel, même temporaire, même contraint, demeure un pouvoir sans filet. Et dans une Haïti où la défiance envers les institutions a atteint un point de rupture, la transparence ne peut plus être une option — elle est, écrivent-ils, une « exigence politique et morale ».

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