Frappes américaines au Venezuela : la communauté internationale divisée entre condamnations et soutien

Emmanuel Paul
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Emmanuel Paul est un journaliste chevronné et un conteur accompli, animé par un engagement profond envers la vérité, la communauté et l’impact social. Il est le...
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Les réactions mondiales à l’opération militaire américaine ayant conduit à la capture de Nicolas Maduro oscillent entre dénonciation d’une violation du droit international et célébration de la chute d’un « dictateur ». 

L’intervention militaire américaine au Venezuela, qui a abouti à la capture du président Nicolas Maduro dans la nuit de samedi, a provoqué une onde de choc diplomatique à travers le monde. Les réactions internationales révèlent une profonde fracture entre les alliés traditionnels de Washington et les défenseurs du multilatéralisme.

L’ONU exprime sa « profonde préoccupation »

Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a réagi avec gravité à cette opération militaire unilatérale. « Ces développements constituent un précédent dangereux », a déclaré son porte-parole. « Le Secrétaire général continue de souligner l’importance du plein respect — par tous — du droit international, y compris la Charte des Nations Unies. Il est profondément préoccupé par le fait que les règles du droit international n’ont pas été respectées. »

Cette mise en garde reflète l’inquiétude de l’organisation internationale face à une action qui pourrait ouvrir la voie à d’autres interventions militaires unilatérales.

Moscou et Pékin condamnent fermement

Sans surprise, la Russie et la Chine, alliés stratégiques du Venezuela, ont vivement dénoncé l’opération américaine.

Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié l’intervention d' » acte d’agression armée  » : Les prétextes utilisés pour justifier de telles actions sont infondés. L’animosité idéologique a prévalu sur le pragmatisme économique et la volonté de construire des relations fondées sur la confiance et la prévisibilité. « 

La Chine s’est dite  » profondément choquée  » et a  » fermement condamné le recours à la force par les États-Unis contre un pays souverain et contre le président d’un pays « , selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

L’Iran a également condamné l’attaque américaine comme  » une violation flagrante de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale  » du Venezuela, appelant le Conseil de sécurité de l’ONU à  » agir immédiatement pour mettre fin à cette agression illégale « .

L’Europe appelle au respect du droit international

Les réactions européennes, bien que nuancées, convergent sur un point : la nécessité de respecter le droit international.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a été particulièrement direct sur X :  » L’opération militaire qui a conduit à la capture de Nicolas Maduro viole le principe de non-recours à la force, qui sous-tend le droit international. La France réitère qu’aucune solution politique durable ne peut être imposée de l’extérieur et que seuls les peuples souverains peuvent décider de leur avenir. « 

Le ministère allemand des Affaires étrangères a appelé  » toutes les parties impliquées à éviter une escalade de la situation et à rechercher les voies d’un règlement politique « , soulignant que  » le droit international doit être respecté « .

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a adopté un ton plus mesuré :  » Nous suivons de très près la situation au Venezuela. Nous sommes aux côtés du peuple vénézuélien et soutenons une transition pacifique et démocratique. Toute solution doit respecter le droit international et la Charte des Nations Unies. « 

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a tenu à préciser que son pays n’était  » pas impliqué  » dans l’opération, ajoutant :  » Je dis et crois toujours que nous devons tous respecter le droit international. « 

L’Amérique latine profondément divisée

Le continent sud-américain affiche des positions diamétralement opposées, reflet des clivages idéologiques qui le traversent.

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a condamné sans ambiguïté l’intervention : « Les bombardements sur le territoire vénézuélien et la capture de son président franchissent une ligne inacceptable. Ces actes représentent un grave affront à la souveraineté du Venezuela et un autre précédent extrêmement dangereux pour toute la communauté internationale. Attaquer des pays en violation flagrante du droit international est le premier pas vers un monde de violence, de chaos et d’instabilité, où la loi du plus fort prévaut sur le multilatéralisme. »

Le Mexique a « fermement condamné et rejeté les actions militaires menées unilatéralement » par les États-Unis, les qualifiant de « violation claire de l’article 2 de la Charte des Nations Unies ».

Le président colombien Gustavo Petro a exprimé sa « profonde préoccupation » face aux « rapports d’explosions et d’activité aérienne inhabituelle » et à « l’escalade des tensions dans la région ».

À l’inverse, le président argentin Javier Milei a salué « une excellente nouvelle pour le monde libre », déclarant : « Ce que nous devons comprendre, c’est qu’il s’agit de l’effondrement du régime d’un dictateur qui truquait les élections, qui lors de la dernière élection a été lourdement battu et, malgré cela, s’est accroché au pouvoir. »

Le président équatorien Daniel Noboa a renchéri sur X :  » Le moment est venu pour tous les criminels narco-chavistes. Leur structure va enfin s’effondrer sur tout le continent. « 

Israël félicite Trump

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est distingué par son soutien enthousiaste :  » Félicitations, Président @realDonaldTrump pour votre leadership audacieux et historique en faveur de la liberté et de la justice. Je salue votre détermination décisive et l’action brillante de vos braves soldats. « 

Trinidad-et-Tobago se démarque

La Première ministre de Trinidad-et-Tobago, Kamla Persad-Bissessar, a tenu à clarifier la position de son pays, voisin immédiat du Venezuela :  » Trinidad-et-Tobago ne participe PAS à ces opérations militaires en cours. Trinidad-et-Tobago continue d’entretenir des relations pacifiques avec le peuple vénézuélien.

Un  » précédent dangereux  » pour l’ordre mondial

Plusieurs dirigeants ont souligné les implications de cette intervention pour l’ordre international.

Le Premier ministre slovaque Robert Fico a estimé que  » l’action militaire américaine au Venezuela est une preuve supplémentaire de l’effondrement de l’ordre mondial créé après la Seconde Guerre mondiale « .

Le ministre norvégien des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, a offert une analyse nuancée :  » Le régime Maduro manque de légitimité démocratique. Malgré l’élection de 2024 montrant que le régime n’avait plus le soutien de la majorité de la population, Maduro s’est accroché au pouvoir. Le régime est devenu de plus en plus autoritaire et est responsable de violations massives des droits humains.  » Toutefois, il a ajouté :  » Le droit international est universel et contraignant pour tous les États. L’intervention américaine au Venezuela n’est pas conforme au droit international. « 

Alors que le président Trump doit s’exprimer depuis Mar-a-Lago, la communauté internationale retient son souffle face à une crise qui pourrait redéfinir les règles de l’ordre mondial.

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Source: Reuters

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