La crise haïtienne est au cœur des préoccupations caribéennes et européennes. Réunis du 16 au 18 février 2026 à Antigua-et-Barbuda pour la session inaugurale de l’Assemblée parlementaire Caraïbes-UE, députés des deux rives ont consacré une attention particulière à la « situation désastreuse » en Haïti. Si les discussions ont jeté les bases d’un partenariat stratégique couvrant climat, commerce et sécurité, l’urgence d’une solution politique pour Haïti s’est imposée comme un point focal des échanges, les parlementaires appelant à une action coordonnée face à l’insécurité chronique et à la crise humanitaire.
Pour la première fois, une assemblée parlementaire conjointe réunit les Caraïbes et l’Union européenne, activant officiellement la dimension parlementaire de l’accord de Samoa, l’accord-cadre qui régit désormais les relations entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Pendant trois jours, les représentants ont adopté des recommandations concrètes destinées au Conseil des ministres conjoint. Le coprésident Malik Azmani a salué une rencontre « historique » reflétant « une volonté politique commune d’approfondir le dialogue » face aux tensions géopolitiques croissantes.
« Cette première session plénière reflète une volonté politique commune d’approfondir le dialogue et de renforcer le partenariat entre des partenaires partageant les mêmes valeurs », a-t-il déclaré à l’issue des travaux, soulignant l’unité face à un « contexte international difficile.
Parmi les cinq priorités stratégiques, la situation en Haïti a concentré les inquiétudes. Les parlementaires ont qualifié la crise de « désastreuse » et renouvelé leur « ferme soutien à une solution politique dirigée par les Haïtiens ». Cette position réaffirme le principe de non-ingérence tout en soulignant l’urgence d’agir sur deux fronts : la lutte contre l’insécurité chronique provoquée par les gangs armés, et l’atténuation de la crise humanitaire qui frappe une population exsangue.
L’Assemblée se positionne désormais comme un relais de pression politique pour maintenir Haïti en haut de l’agenda international, alors que le pays sombre dans le chaos et que les enlèvements se multiplient.
Les débats ont également porté sur la résilience climatique, priorité existentielle pour les Caraïbes. Les parlementaires sont convenus de concevoir, via l’initiative « Global Gateway », un pacte sur la résilience climatique et les énergies renouvelables. La lutte contre les sargasses, qui asphyxient les littoraux, a fait l’objet d’une attention particulière avec un appel à un financement accru pour la recherche.
Sur le commerce, les discussions ont porté sur l’accès aux marchés et l’économie numérique. La question de la criminalité transnationale organisée a également été centrale, les députés reconnaissant la nécessité d’une réponse coordonnée face aux trafics qui alimentent l’insécurité régionale.
L’Assemblée a innové en intégrant la société civile. Un Forum de la jeunesse a souligné le rôle des jeunes dans l’adaptation climatique via les « compétences vertes ». Un Forum des femmes a identifié l’accès au financement comme levier clé pour l’autonomisation économique, réaffirmant « le rôle clé des femmes dans l’élaboration de l’avenir du partenariat ».
Les recommandations adoptées sont désormais entre les mains du Conseil des ministres Caraïbes-UE. La prochaine session dira si cette dynamique se traduira par des avancées durables, alors que le sort d’Haïti reste une épée de Damoclès sur la stabilité de toute la région.


